Cinema

Sortie Dvd : The Devil and Daniel Webster, de William Dieterle

11 juin 2010 | PAR Yaël Hirsch

Le 16 juin, Carlotta sort pour la première fois en Dvd un chef d’œuvre du réalisateur allemande exilé aux Etats-Unis William Dieterle. Faust revisité à la sauce « Nouveau monde », « The Devil and Daniel Webster » est une ode aux valeurs de l’Amérique…

Emmigré aux Etats-Unis dès les années 1930, afin de diriger des films pour la Warner, William Dieterle deviendra citoyen américain. Deux ans après le grand succès de son film « Quasimodo » (1939) et la même année que « Citizen Kane » il propose une version américaine du mythe de Faust trop longtemps oubliée. « The Devil and Daniel Webester » se passe au XIX e siècle dans le New Hampshire, et met en scène un jeune fermier endetté, Jabez Stone (James Craig) qui décide de vendre son âme au diable (M. Scratch, selon le nom que lui donne la tradition folklorique locale, et joué ici par Walter Huston qui a notamment tourné avec John Huston et Josef von Sternberg) pour s’en sortir. Le contrat dure 7 ans et lui assure la prospérité. Mais ce pacte scellé de son sang et gravé sur un arbre de sa petite ferme le transforme : il profite de la misère de ses anciens camarades fermiers et trompe sa charmante épouse avec la fille du Diable (Simone Simon, l’héroïne de « La Féline », qui a refusé de tourner avec Jean Renoir pour jouer dans ce film de Dieterle). Heureusement et malgré les excès de Jabez, le parrain de son fils, Daniel Webster (Edward Arnold), qui est aussi l’homme politique le plus parfait et dévoué que l’on peut imaginer va mettre toutes ses qualités d’avocat et de bon américain dans un plaidoyer pour sauver l’âme du damné…

Sur un mode beaucoup plus sérieux que « Monsieur Smith au Sénat » de Capra (1939), « The Devil and Daniel Webster » expose avec pédagogie et émotion les valeurs de la démocratie est-américaine dans une forme neo-expressionniste très allemande. Dans cet idéal néo-puritain, l’argent en soi n’est jamais une mauvaise chose, à la condition nécessaire qu’il soit honnêtement gagné. Et se battre pour élever sa famille dans le droit chemin et continuer de propager les valeurs d’union, de fraternité et d’entreprise sont au top de la « to do list » d’une sommité à la fois locale et nationale comme Daniel Webster. Un certain féminisme ressort également du film, à travers le personnage doux, mais ferme, de l’épouse de Jabez et surtout dans les actes posés et décidés de la mère. Par ailleurs les très belles scènes champêtres ne sont pas uniquement des moments de nostalgies ; elles montrent aussi – par le biais d’un décalage d’un siècle- les retombées concrètes de la grande dépression sur les paysans. Un autre bijou oublié, qui est donc à redécouvrir en famille, à partir du 16 juin.


« The Devis and Daniel Webster » (« Tous les biens de la terre »), de Werner Dieterle, avec James Craig, Simone Simon, Walter Huston et Edward Arnold, USA, 1941, 102 min, Carlotta, 19.99 euros.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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