Cinema

Sortie ciné : Le mur invisible d’Elia Kazan

Sortie ciné : Le mur invisible d’Elia Kazan

10 juillet 2011 | PAR Yaël Hirsch

Premier volet d’un diptyque sur le racisme américain du réalisateur du « Tramway nommé désir »(1951) et de « A l’est d’Eden » (1955), « Le mur invisible » (« Gentleman’s agreement », 1947) pose la question de l’antisémitisme à New-York. Servi par l’impeccable Gregory Peck, et sur un scenario brillant tiré du livre de Laura Z. Hobson, « Le mur invisible » pose la juste de question de savoir quand commence la xénophobie. Il a été salue par trois oscars (meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur second rôle féminin), a été suivi par « L’héritage de la Chair » sur la question noire et mérite mille fois d’être vu ou revu en salles, à partir du 28 août 2011.

Jeune veuf, Philip Schuyler Green (Gregory Peck) vient de s’installer à Manhattan avec son fils Tommy et sa maman. Il a été appelé par le patron d’un grand magazine pour enquêter « différemment » sur l’antisémitisme américain. Son troisième jour à New-York, il rencontre une jeune divorcée, qui est la nièce de son patron et s’avère être l’origine de l’enquête: Kathy (Dorothy McGuire); Cherchant longuement l’angle de son article, Philip décide de faire ce qu’il a toujours fait : se glisser dans la peau de son sujet. Alors qu’il a grandi en bon catholique, le voici devenu juif. Comme personne ne le connaît à Manhattan, sa nouvelle identité est prise au sérieux et c’est plein de colère que Philip fait l’expérience sournoise de l’antisémitisme au quotidien : les rumeurs qui se propagent, les portes de certains clubs qui se ferment, et bientôt son fils qui est traité de « sale juif »… Cette identité d’emprunt crée également des tensions avec la très wasp Kathy qui combat l’antisémitisme au niveau des idées, mais qui ne supporte pas de choquer son entourage.

Intrigue extrêmement fine, scenario efficace qui ne se prive pas d’ellipses pour aller directement au cœur du sujet, « Le mur invisible » pose très tôt à travers cette version bien particulière du « passing » les bonnes questions. Il permet ainsi de redécouvrir une Amérique du début de la Guerre froide, discrètement mais sérieusement raciste. Le film est servi par un casting éblouissant, à commencer par Gregory Peck, jeune, beau et idéaliste. A ses côtés les personnages de la mère (formidable Anne Revere), du meilleur ami juif (John Garfield) et de la bonne copine en charge du service mode du magazine et bien loin d’être nunuche (Celeste Holm) déclinent tout un panel de réactions subtiles et réalistes face aux attaques polies mais définitives que subissent les juifs américains.

« Le mur invisible » (Gentleman’s agreement), de Elia Kazan, USA, 1947, avec Gregory Peck, Dorothy McGuire, Anne Revere, John Garfield, Celeste Holm, 2h06, Sortie en salles le 28 août 2011.

Les Étés de la danse : top départ
Un Roméo et Juliette surprenant à l’Etoile du Nord
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *