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Shortbus, une ode à l’hédonisme à la Cinémathèque

Shortbus, une ode à l’hédonisme à la Cinémathèque

20 octobre 2022 | PAR La Rédaction

La Cinémathèque consacre cette semaine une rétrospective à l’oeuvre de John Cameron Mitchell. Laquelle débuta ce mercredi par la projection du cultissime Shortbus (2006), qui explore le plus grand tabou (cinémato)graphique : l’orgasme féminin.

par Steve Krief

Le réalisateur, ému par cet hommage, a partagé quelques secrets de tournage avec le public et reçu une plaque indiquant qu’un siège de la salle portera son nom. Suite à quelques anecdotes et fou-rires, liés notamment au « double entendre » de la traduction, John invite le public à deviner quel moment du film est purement cinématographique, ne correspondant pas à la réalité : le seul orgasme factice. Suite à cette invitation, l’écran s’ouvre et s’élargit lentement pour mieux être caressé par les yeux du public.

« C’est comme les années 60, l’espoir en moins », déclare la maîtresse de maison du Shortbus, Justin Bond, en présentant à la nouvelle venue Sofia les corps qui se mélangent… Projet débuté au lendemain du 11-Septembre, Shortbus est une ode à l’hédonisme, au refus de sombrer dans le repli et la haine d’autrui. Un refuge pour celles et ceux qui rejettent les dialectiques guerrières, les 2001 raisons de se sentir à l’abri derrière un uniforme et partir au combat.

Plus encore, c’est une étude de soi. Une connaissance de ses plaisirs et une découverte de ceux qu’on tarde à oser s’avouer et savourer. Certes, les corps s’entremêlent, explorant de très diverses formes de sexualité, mais Shortbus questionne avant tout la complexité de l’orgasme féminin et la quête souvent solitaire ou mal accompagnée de ce climax. Un traitement à l’opposé, comme l’affirme le réalisateur, de l’abattage pornographique. Lequel a pour ultime tabou l’orgasme féminin, inexistant dans un monde de violences et d’humiliations.

Sofia, sexologue à la dérive orgasmique, échoue dans le traitement de ses patients et est invitée par ceux-ci, le couple composé de James et Jamie, dans la boite new-yorkaise Shortbus. Avec pour but de ne pas laisser ses questions coincées entre deux corps stériles de plaisir. Les personnages principaux du film s’y donnent rendez-vous, parlant et chantant autant que baisant. Et souvent de manière émouvante, comme l’aveu de Jamie à Severin dans un placard, concernant l’échec de son couple. Car la peur de blesser, les non-dits, les maladresses menacent à tout moment les bonheurs trop évidents.

Oui, ce film nous dépasse encore quand, se reposant avec les corps suite à leurs efforts, on a les larmes aux yeux face à certaines situations de détresse. Mais toujours rattrapés par l’humour, en particulier celui de Justin Bond. Lequel nous offre une parade à toute situation malheureuse qui nous arriverait, en citant son amie Lotus Weinstock, ex-girlfriend de l’humoriste Lenny Bruce : « Jeune, je voulais changer le monde. Aujourd’hui, je souhaite juste sortir de cette pièce avec un peu de dignité. » Temps pour nous peut-être donc de sortir de ce désenchantement ambiant et de retrouver la dignité de corps qui échangent le monde…

 

Informations à propos de la rétrospective qui a lieu à la Cinémathèque française

 

 

Visuels : ©Steve Krief

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