Cinema

Shame, les prouesses de Fassbender

13 décembre 2011 | PAR Margot Boutges

Les journées du très charismatique Brandon (Michael Fassbender), s’organisent autour d’une seule et même obsession : le sexe.

Qu’il soit entre les jambes d’une fille levée dans un bar ou sur un tchat porno, ce cadre new-yorkais ne conçoit le coït que dans sa version la plus trash et la plus excessive. Il arpente la ville à la recherche d’une inatteignable satiété et débande dès qu’une vraie relation se profile. Un mode de vie réglé sur des pulsions dont il semble s’accommoder jusqu’à ce que Sissy (Carey Mulligan) fasse irruption dans sa vie. Face à cette petite sœur miroir de lui-même, devenue dépressive tandis qu’il sombrait dans l’addiction sexuelle, il ne peut échapper à la honte de son propre jugement.

En sortant de la salle de cinéma, on était prêt à crier à la déception Shame, tant le résultat ne semblait pas à la hauteur des attentes suscitées par la bande-annonce la plus alléchante de l’hiver. Michael Fassbender (Hunger) et Carey Mulligan (Une éducation, Drive) lâchés en plein cœur de la métropole sur les rythmes profonds d’Henry Escott et sous la direction de Steve McQueen (Hunger) nous promettaient le meilleur. Après visionnage, le verdict tombe : une beauté formelle incontestable (froide sensualité des corps, plans serrés étouffants et lumineux, long plan séquence tiré au cordeau, montage audacieux) taquinée par un fond qui semble manquer de consistance.

Car Shame peut d’abord laisser sceptique. Le destin croisé de ce duo fraternel à la dérive, explosant dans un final sous forme de descente aux enfers, peut sembler sans finesse. L’intrigue n’est-elle pas aussi télécommandée que les pulsions de Brandon ? Mais Shame est un film à laisser mûrir. L’intelligence de traitement du personnage principal finit par balayer les réserves. Le visage, le corps et la voix de Michael Fassbender (question révélation, Ryan Gosling peut se rhabiller) composent un héros en creux parasité par la crasse. C’est au milieu d’un appartement immaculé et vide de souvenirs que trône l’ordinateur infesté de virus pornographiques, seule fenêtre ouverte sur le monde de Brandon. Ce dernier, vrai camé, est stoppé au milieu d’une vie dont ne filtre aucun futur. De l’obsession de la conquête au désespoir dans lequel jette le dégout de soi, le film explore avec frénésie toutes les strates de la dépendance. Et laisse le spectateur face à une vraie compassion pour un mec dont la plastique irréprochable et le compte en banque bien garni pourraient presque faire passer le trouble pour un faux problème. Car après tout, pécho est loin d’être difficile pour cet étalon. Mais qu’en serait-il d’un homme en proie à la même addiction trop moche pour draguer et trop pauvre pour les relations tarifées ? Raconté par Dupontel, cela pourrait avoir de la gueule.

Shame, de Steve McQueen, avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, 1h39, UK, 2011, sorti le 7 décembre

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Margot Boutges

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