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[Critique] « Wayward Pines » en ouverture du festival Séries Mania au Forum des images

[Critique] « Wayward Pines » en ouverture du festival Séries Mania au Forum des images

18 avril 2015 | PAR Matthias Turcaud

Après 277 séries visionnées et une préparation longue de six mois, la sixième édition de Séries Mania s’est ouverte hier soir avec, en avant-première mondiale, le pilote de Wayward Pines, célébrant, après Danny Boyle ou James Gray, la conversion à la série d’un autre grand réalisateur de cinéma en la personne de M. Night Shyamalan. La Fox aux Etats-Unis, Canal + en France ainsi que des chaînes dans 124 autres pays diffuseront à partir du 14 mai cette série qui, à en voir son premier épisode, déroule une mécanique bien reconnaissable mais efficace.

[rating=3]

Comme pour l’année dernière avec True Detective, Séries Mania a cette année aussi commencé avec un gros morceau, à savoir le premier épisode de la série Wayward Pines co-créé par M. Night Shyamalan, le réalisateur du Sixième Sens et de Signes. Matthew Mc Conaughey et Woody Harrelson habitaient presque chaque plan de True Detective ; c’est à nouveau une star du grand écran qui est mise au premier plan, en la personne de Matt Dillon, qui s’avère un choix intelligent notamment pour son aspect de golden boy et de gendre idéal apparemment dépourvu d’aspérités.

Les deux séries sont comparables aussi par d’autres éléments : une histoire policière finalement laissée au bord de la route au profit d’une exploration de la psyché d’un ou deux personnage(s) centraux, une atmosphère tout à la fois angoissante et envoûtante, une construction du scénario délibérément haché pour induire un trouble et rendre attentif à des déficiences mémorielles ou des traumas psychologiques, un piétinement délibéré et bien exhibé de l’intrigue, ainsi que la thématique de l’enfermement – les paysages vastes de la Louisiane ne constituaient qu’un mirage dans le premier ; et, ici, le personnage du détective Ethan Burke semble comme enfermé dans un jeu vidéo au décor extrêmement réduit.

Adapté du best-seller de Blake Crouch, Wayward Pines prend un malin plaisir à brouiller les pistes entre réalité et hallucinations à l’intérieur du petit microcosme du lieu éponyme, une bourgade fictive situé dans l’Idaho. La série arrive en somme à insinuer suffisamment de questions dans l’esprit du spectateur tout en ne le perdant pas tout à fait selon un dosage d’une maîtrise indéniable. En bref, une addiction est créée, mais toute facilité est simultanément évitée.

Sous ses allures de mécanique bien huilée, la série permet aussi de questionner les normes, et le baromètre de la folie. Entre le détective interprété par Matt Dillon d’un côté, et, de l’autre par exemple un shérif qui mange une glace rhum – raisins en arborant un air exagérément décontracté, qui est finalement le plus fou ?

Le pilote de Wayward Pines laisse en somme augurer d’une série faite avec un sens artisanal sûr, consciente de ses atouts, conduite par une incontestable mécanique et inscrite dans la logique d’un système rigide – avec star(s), contraintes de diffusion – mais où Shyamalan parvient – à l’intérieur du format sériel nouveau pour lui – à continuer avec cohérence son oeuvre propre, les hallucinations du protagoniste pouvant faire penser au Sixième Sens (1999) ou Signes (2001) déjà cités, ou le système autarcique et anxiogène de la bourgade de Wayward Pines à celle du Village (2004).

Crédit photos : photos officielles de la série.Trailer de la saison 1, composée de dix épisodes de 45 minutes.

Wayward Pines, créé par Chad Hodge et M. Night Shyamalan, d’après le best-seller de Blake Crouch. Avec Matt Dillon, Terrence Howard, Melissa Leo, Juliette Lewis. Projeté le vendredi 17 avril lors de la Sixième édition de Séries Mania, au Forum des images, 2, rue du cinéma (1er). Téléphone : 01 44 76 63 00.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

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