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‘Transparent’, la série d’Amazon qui voit par delà les conventions

‘Transparent’, la série d’Amazon qui voit par delà les conventions

07 novembre 2014 | PAR Enora Le Goff

Transparent est une nouvelle série produite par Amazon, dont l’épisode pilote a été révélé en février dernier et qui a depuis été reconduite grâce au succès de ce premier épisode. Et c’est tant mieux!

La première saison est sortie en intégralité à la fin du mois de septembre et c’est une vraie bonne surprise. Créée par Jill Soloway (scénariste pour la géniale série Six Feet Under) Transparent raconte dans sa trame principale l’histoire de Mort, ancien professeur d’université, la soixantaine, qui décide de faire son coming-out en tant que femme. Père de trois enfants désormais adultes, la difficulté de se présenter comme la nouvelle Maura est le thème majeur de cette série (au titre savoureusement choisi).

Une vision de la famille qui sort des chemins battus

En dix épisodes de trente minutes la série se veut surtout le portrait intime d’une famille hors-norme sur tous les bords, devenant véritablement porteuse d’une grande tolérance. Transparent aborde certes le problème de la transition de Mort en Maura mais c’est aussi et surtout une série sur la famille, comment on peut envisager cette dernière non pas comme un tout aux limites fixes mais bien comme un monde aux frontières floues et mouvantes.

La série offre en effet un panel de personnages tous plus ou moins en quête d’identité, et il est amusant de constater que c’est finalement la figure de Maura qui se connaît et qui s’assume le plus. Ses enfants se cherchent tous : Sarah l’aînée est de prime abord une femme accomplie et mère de deux enfants, mais sa rencontre avec Tammy (avec qui elle a vécu une histoire d’amour à l’université) va bouleverser son ordre familial et remettre en question son couple. Josh quant à lui enchaîne les histoires impossibles, ne sachant où se placer ni avec qui. Et enfin Ali, la petite dernière cherche continuellement à savoir qui elle est, multipliant les expériences improbables, dans l’attente d’un travail, d’une certaine stabilité.

Tous ces parcours interfèrent entre eux et révèlent une vision de la famille décidément plus proche de la réalité actuelle des familles composées, recomposées, décomposées, que du schéma classique parents/enfants. Malgré leurs différences et leurs problèmes personnels ce petit monde est d’une beauté et d’une force fédératrice fulgurante. La famille ne se base plus uniquement sur des rapports de sang et de couple, mais est le produit d’attachements multiples, de personnes qui vont et qui viennent, un ballet magnifique lié par un amour fraternel.

Pour autant Transparent n’est pas non plus déconnecté des difficultés liées à l’annonce d’une telle nouvelle au sein d’une famille. La tolérance devient majoritaire au fil des épisodes vis à vis de la transformation de Mort en Maura, mais elle pose aussi des problèmes forts. C’est notamment le cas avec Josh qui a du mal à accepter la transformation de son père en figure féminine, et Ali se trouve elle aussi grandement perturbée par cette nouvelle. La décision de Mort n’est pas sans conséquences, elle a un impact sur la vie des personnages, et l’on voit véritablement la progression morale des protagonistes dans l’acceptation de ce fait.

Une mise en scène qui colle au plus près des corps

Le message de tolérance de la série passe certes principalement par la trame de l’histoire, mais aussi par la manière de filmer ces personnages. En témoigne le générique, fait d’images de famille tournées en vidéo, des anniversaires, des soirées, des moments de la vie quotidienne et familiale auxquels tout un chacun peut s’identifier. Transparent s’approche au plus près des corps, des visages, des expressions des différents personnages, offrant ainsi une cartographie intime de leur vie.

Il est presque impossible de ne pas s’attacher viscéralement à ces hommes et femmes que l’on suit dans cette période de ‘transition’, qui ne concerne alors plus uniquement Maura mais qui s’étend à toute la famille et à tous les personnages secondaires. Chacun a ses failles, ses petites ‘bizarreries’ et ce sont justement ces dernières qui font leur humanité. Ce que nous apprend finalement cette série c’est que l’amour, la famille, ne sont pas une histoire de genre et de construction stable, mais sont faits de fluctuations et de liens qui se créent par delà les conventions.

Visuels (c): affiche et images de la série

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Enora Le Goff

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