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« The Knick » : autopsie du New York de 1900

« The Knick » : autopsie du New York de 1900

09 mars 2015 | PAR Enora Le Goff

Sortie en août 2014, Toute La Culture revient sur cette série historique, qui nous plonge dans le milieu médical New-Yorkais du début du XXe siècle, le tout avec beaucoup de succès, et une réalisation signée Steven Soderbergh.

Des hommes en noir éparpillés dans un amphithéâtre regardent avec attention des médecins et infirmières vêtus de blanc opérer au centre de la pièce, comme au centre d’une arène. Seule la couleur sombre du sang se détache du blanc immaculé. C’est sans musique et presque sans parole que la série s’ouvre avec réalisme sur une césarienne manquée. Le spectateur est informé, ici la chirurgie est montrée telle qu’elle, sans pincettes.

Un véritable cirque humain

The Knick c’est donc un hôpital New-Yorkais du début du XXe siècle, lieu central de la série, il permet aux différentes intrigues de prendre leur essor, pour toujours revenir en son sein, dans son bloc blanc comme neige.

John Thackery (Clive Owen), chirurgien en chef de l’hôpital le surnomme d’ailleurs son « cirque », c’est en effet qu’il s’y passe de ces choses improbables. Le chirurgien chef, à la manière du Docteur Jekyll et Mister Hyde, est à la fois un génie de la chirurgie, inventeur de grands procédés et techniques innovantes, mais aussi un addict à la cocaïne, dont les prises rythment sa vie et ses humeurs, et raciste au possible. L’intendant sans scrupule de l’hôpital, Herman Barrow, croule sous les dettes et les contrats nauséabonds passés avec des malfrats. Le Dr Edwards assistant chef de Thackery, et chirurgien brillant ayant fait ses preuves en Europe, est relégué au rang d’infirmier à cause de sa couleur de peau et installe donc son propre bloc opératoire de fortune dans les caves de l’hôpital…

New-York, personnage à part de la série

The Knick présente donc une multitude d’intrigues qui permettent toutes de brosser un portrait réussi et particulièrement intéressant du New-York de 1900. C’est la ville du progrès (médical, avec de nouvelles pratiques chirurgicales, mais aussi techniques, avec par exemple le développement des rayons X), mais aussi la ville révélatrice des clivages américains. On y retrouve le problème du racisme à travers l’histoire du Dr Edwards, mais aussi la place de la religion avec les nonnes accolées à l’hôpital (dont l’une d’elle se trouve être une avorteuse clandestine). La ville est véritablement un personnage à part, chaotique, à l’image du personnage principal qu’est Thackery. C’est à la fois la ville majeure du nouveau continent, mais aussi un lieu où viennent s’échouer dans la misère, chaque jour, des centaines voire, des milliers de migrants. La série ne parle pas uniquement de la chirurgie en soi, c’est avant tout une série historique qui s’inscrit avec succès dans un lieu. On en apprend autant sur la façon dont les hôpitaux étaient à l’époque subventionner, que sur la concurrence parfois violente entre les différents ambulanciers (certains en venaient aux mains pour ramener le maximum de blessés et donc toucher une plus grande prime)

La vitalité de la ville est optimisée par l’utilisation de la musique, créée par Cliff Martinez (à qui l’on doit la bande originale de Drive). Cette dernière, électronique, dénote avec le contexte historique (tout comme la musique de Nick Cave donne vie au Birmingham des années 20 dans Peaky Blinders), apportant une modernité aux thèmes abordés, mais aussi un aspect chirurgical aux scènes, comme si les sonorités tranchaient dans la mise en scène comme le scalpel dans la peau des patients du Knick.

Quelques erreurs dans la construction des personnages

On peut regretter pourtant les nombreuses maladresses inhérentes aux personnages, ils apparaissent soit trop manichéens, ou au contraire pas assez subtilement changeant (l’ambulancier qui n’est au départ d’une brute sans morale apparaît finalement comme n’étant pas si mauvais bougre). La sérialité permet la plupart du temps cette subtilité dans l’élaboration des identités, mais elle n’est pas ici employée à son maximum, les bons et mauvais côtés des personnages sont trop appuyés, comme s’ils ne pouvaient pas exister dans la demi-mesure, comme si l’effervescence de la ville poussait les êtres dans leurs retranchements les plus extrêmes, retranchements pas toujours très réalistes.

De plus on peut remarquer certaines faiblesses dans le scénario, qui cherche à pousser toujours plus loin les personnages dans des intrigues multiples, mais ces faiblesses sont bien regrettables, car inutiles, The Knick n’aurait pas besoin de ces clichés et fausses complexités. Le sujet principal, la réussite de la mise en scène et le très bon jeu des acteurs suffiraient à eux seuls à porter avec brio cette série, qui reste tout de même une très bonne réussite, au sujet novateur et à l’approche moderne !

Visuels (c) : images de la série

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Enora Le Goff

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