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« The Comey Rule » : récit minutieux d’une crise politique qui ne voulait pas en être une

« The Comey Rule » : récit minutieux d’une crise politique qui ne voulait pas en être une

08 novembre 2020 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Série courte mais incisive, The Comey Rule est arrive à point nommé sur Canal+ alors que le monde a les yeux rivés sur les États-Unis. Portés par des interprètes de haut niveau, ses quatre épisodes reviennent sur la précédente campagne présidentielle américaine et les enquêtes du FBI qui l’ont bouleversée, opposant tensions politiques aux impératifs de vérité. 

Un docu-fiction dans les coulisses de la campagne de 2016

James Comey fait partie de ceux qui sont au sommet pour faire le bien. Nommé à la tête du FBI par Barack Obama en 2013, il est apparemment un patron aimé et aimant, dont le but est de protéger les américains et de rétablir la vérité à tout prix. Reconnaissons-le toutefois, il aime sa position de leader et dégage l’aplomb de celui qui réussi, une assurance à toute épreuve qui lui donne un air serein lénifiant. Mais son amour pour la justice lui coutera sa place, il est évincé par Donald Trump peu de temps après son investiture, en rage de ne pas pouvoir le compter parmi ses loyaux alliés. 

Récit minutieux et détaillé du passage de Comey à la direction du fameux Bureau, la série remonte au début des scandales. Souvenez-vous, en pleine campagne présidentielle, celui-ci enquête sur l’utilisation par Hillary Clinton d’une messagerie privée, et non celle imposée aux élus américains, éveillant ainsi les soupçons sur des fraudes qu’elle aurait pu commettre dans l’exercice de ses fonctions de secrétaire d’État. L’issue de l’investigation est cruciale et éminemment politique, puisqu’il s’agit de remettre en cause l’intégrité de celle que les sondages désignent comme future Présidente des États-Unis. En parallèle, le FBI découvre que Donald Trump entretient des liens étroits avec les russes, tandis que ceux-ci tentent de saboter la campagnes des démocrates à coups de fausses infos sur les réseaux sociaux. Mais que faire quand on dispose entre ses mains de quoi tirer les ficelles du scrutin présidentiel d’une des plus grandes puissances mondiales, alors même que le rôle  du FBI est précisément d’être apolitique ? 

Décryptage rigoureux et casting pointu

Le génie de la série de Billy Ray réside dans un décryptage rigoureux et intelligent du rôle d’une institution telle que le FBI face à l’agitation politique mais aussi médiatique d’une société qui veut réaffirmer ses croyances. À l’heure des « fake news » vociférées à chaque intervention, les Américains attendent qu’on leur disent la vérité. Mais à quel prix ? Celui d’avoir élu Donald Trump en 2016 ? Cherchez l’erreur. Comey place lui aussi la vérité au sommet de ses valeurs, mais aujourd’hui plus encore on se rend compte de tout ce qui oppose les deux hommes. 

Plus qu’un portrait d’un patron du FBI qui se fait trainer dans la boue des tumultes politiques, The Comey Rule donne un aperçu de l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche depuis l’intérieur et fait le constat inquiet qu’il allait dorénavant falloir composer avec ce personnage ingrat et incontrôlable mais non moins intimidant. Brendan Gleeson, excellent, dresse le portrait d’un Trump au sommet de sa forme et de son orgueil, un homme capricieux qui veut que le monde soit à ses pieds, persuadé qu’il n’est pas traité à sa juste valeur. Finalement, il n’a pas beaucoup changé…

Face à lui, James Comey, parfaitement incarné par Jeff Daniels, est évidemment plus sympathique. On notera tout de même que la série est adaptée du livre que Comey publie un an après son éviction, Mensonges et vérités, édité en France chez Flammarion. Néanmoins, le point de vue est assumé et n’empêche pas un éclairage utile sur la stabilité (ou non) des institutions américaines face aux convictions de ceux qui les dirigent. Tant dans l’intime que le sensationnel, les quatre épisodes se regardent presque d’une seule traite, grâce à un scénario soigneusement rythmé.

 

The Comey Rule, mini-série de Billy Ray à voir sur Canal+. Avec Jeff Daniels, Brendan Gleeson, Holly Hunter et Micheal Kelly. Disponible à partir du 27 septembre 2020. 

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Alice Martinot-Lagarde

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