Séries

Pigalle, la nuit

13 décembre 2009 | PAR Geraldine Pioud

Canal+ diffuse ce lundi 14 décembre les deux derniers épisodes de sa nouvelle création : Pigalle, la nuit. Un téléfilm audacieux qui peint avec intelligence les affres d’un microcosme au pied de Montmartre.

Au départ il y a un quartier ; juste en bas de la butte Montmartre. Mal connu de la plupart des gens, Pigalle est un lieu de perversion, d’angoisse. Passée une certaine heure, il ne faudrait pas s’y aventurer. Les bars à hôtesses côtoient les magasins de musique ; les sex shop sont les voisins des kebabs. Une foule d’artistes (plutôt bobos mais toujours tourmentés) noient son chagrin créateur dans les bars, les âmes en peine se laissent séduire par les sourires forcés mais au fond, Pigalle est un quartier authentique. Peut-être un des derniers de la capitale. Car ces personnages semblant tout droit sortis de l’imagination de Toulouse-Lautrec ne sont pas des chimères : sur le boulevard les êtres ne mentent pas. Ils se battent avec leur vie. Tous ont le désir secret de se révéler à eux-mêmes avant de trouver de l’admiration dans le regard d’autrui. Dans Pigalle, la nuit, cette vérité appartient à la fiction. Et pourtant elle trouve son écho dans le quotidien.

Tournée à Pigalle et dans ses environs (on est surpris par la fidélité au lieu en terme de mise en scène, de décors et d’arrières plans… exception faite pour l’intérieur de la Chapelle Ste Rita qui ne correspond en rien à la vraie), la série brille par sa cohérence esthétique, par son acharnement impressionniste. Éclate alors à l’image le goût de la rue, des plaisirs populaires et d’une forme de modernité assez décalée. Le plus bel exemple se découvre dès les premières secondes, lorsque le générique démarre : des corps nus s’enlacent, avec pudeur et sensualité, sur lesquels se dessinent lentement les images de Montmartre. La suite ne laisse pas indifférent. Entre les fantasmagories surréalistes de Max (Archie Shepp) et l’effeuillage de Fleur (Sara Martins), les rues sentiraient presque l’opium, au point que l’on se met à rêver d’une rencontre avec La Goulue. Les personnages ne restent pas de simples figures de cire, tous évoluent au fil des épisodes jusqu’à leur point de non-retour. La force du casting réside dans l’anamorphose permanente que subissent les corps, véritables éponges à douleurs. L’histoire, elle, se pare de rivalités ancestrales, de fraternités mensongères et d’amours adultères. Pigalle, la nuit. Et le jour aussi. En bas de cette colline mystérieuse qui autrefois était « le mont des martyrs ».

Pigalle, la nuit. 1 saison de 8 épisodes (format 52min. Première diffusion en France le 23 novembre 2009. Série disponible en DVD le 05 janvier 2010.

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Geraldine Pioud

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