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« Occupied » : quand les enjeux écologiques d’aujourd’hui amènent à des questions d’éthique et de politique bien connues

« Occupied » : quand les enjeux écologiques d’aujourd’hui amènent à des questions d’éthique et de politique bien connues

27 novembre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Après le succès de Borgen, la nouvelle série nordique à succès de Arte est à la moitié de sa diffusion en France à la veille de la COP21. En 10 épisodes imaginés par l’auteur de polars norvégien Jo Nesbo, ce thriller d’anticipation commence sur un conflit écologique. Et finit sur une occupation qui repose finalement assez classiquement toutes les questions de nationalisme, d’honneur et de choix qu’on a pensées et repensées depuis la Deuxième Guerre Mondiale. Une série haletante, sur un mode finalement très classique.

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En Norvège dans un futur proche, le premier ministre est un homme écologique, modéré et intègre qui applique le programme qui l’a fait élire et annonce la fin des exploitations d’énergies fossiles dans son pays, responsables des gaz à effets de serre. Cette décision très raccord avec l’ambiance de la COP21 est permise par l’existence d’une nouvelle technologique de production d’énergie ne réchauffant pas la planète et que la Norvège se propose d’exploiter en avant-garde.

Mais cette décision souveraine du pays ne plait pas à l’Union Européenne. Qui n’intervient pas par une sanction à Bruxelles mais plutôt en demandant la Russie d’occuper la Norvège et de veiller à ce que la Norvège reprenne toute sa production d’énergie classique. Enlevé et mis eu pied du mur, le Premier Ministre décide de coopérer pour éviter le bain de sang, avec succès. L’occupation est donc pacifique et les russes entrent dans Oslo accomplir leur mission. Comment réagit la population locale ? Il y a ceux qui suivent le premier ministre dans sa politique de conciliation, au premier rang desquels sont garde du corps, à qui l’ambassadrice de Russie semble faire confiance, ceux qui essaient de comprendre ce qui se passent et de résister comme un journaliste et tous ceux, qui, dans leur activité commerçante quotidienne profitent de l’argent et de la manne russe.

Alors que la science fiction s’arrête après la situation inaugurale où les questions écologiques mènent à une grave crise politique, Occupied prend un tour bien plus classique. Puisant dans l’univers classique de son genre (la série politique nordique) ses tons bleutés et sa fine analyse de la communication politique et de la diplomatie, elle rejoue en fait ce qui s’est passé en Norvège pendant la Seconde Guerre mondiale pour nous parler d’un monde qu’on croyait un peu rangé dans les archives de l’Histoire: La nation, la souveraineté et la fidélité aux allégeances patriotique sont les questions centrales que soulève la série. On s’émeut de voir des drapeaux norvégiens à la fête nationale, on a envie que le premier ministre trop diplomate, centriste et mou se réveille fier et bon norvégien. Et l’on finit en fait par se pencher principalement sur des questions de choix et de sentiments personnels avec un jugement fort. Occupied nous rejoue habilement le théâtre du Résistant et du Collabo, peut-être pas toujours très fin sur qui fait quoi, mais avec l’intelligence de nous rappeler que cette question n’est pas close, même à l’heure où le danger semble venir d’un ennemi qui veut tout détruire et rien occuper. A voir jusqu’au 17 décembre 2015 le jeudi à 20h50 sur Arte  (et en replay)et à retrouver en DVD chez Arte édition depuis le 25 novembre 2015.

Occupied d’Erik Skjoldbjærg et Karianne Lund, sur une idée de Jo Nesbø, avec Henrik Mestad, Eldar Skar, Hippolyte Girardot, Ingeborga Dapkunaite, Ane Dahl Torp, Ragnhild Gudbrandsen, 450 min, Arte vidéo, 35 euros.

Visuel : (c) DR

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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