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« No Man’s Land » sur Arte : une quête intime sous les bombes de l’enfer syrien

« No Man’s Land » sur Arte : une quête intime sous les bombes de l’enfer syrien

18 octobre 2020 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Série attendue de la rentrée et diffusée sur Arte, No Man’s Land suit la quête d’Antoine (Félix Moati), un jeune français qui part à la recherche de sa sœur en Syrie. Entre drame familial, témoignage de guerre et réflexion sur l’engagement, la série tient ses promesses, menée par un casting impeccable.

Antoine est heureux. Il a une vie confortable, il est amoureux et prévoit même de bientôt devenir papa, quand il reconnait un jour sa sœur dans une vidéo tournée en Syrie qui circule dans les médias. Disparue dans un attentat au Caire quelques années plus tôt dans des circonstances floues, il la croyait morte. Commence alors une quête, derrière son ordinateur d’abord, puis jusqu’en Turquie et en Syrie ensuite, pour la retrouver. Il se retrouve alors catapulté sous les tirs de Daesh et des combattantes kurdes. D’un drame personnel à l’échelle familiale, l’histoire bascule dans une autre dimension, atteignant un conflit particulièrement violent -entre plusieurs populations-  aux répercussions mondiales.

D’un conflit tragique…

Collaboration entre talents français et israéliens, c’est une des nouvelles séries françaises les plus attendues de la rentrée. No Man’s Land nous fait revenir en arrière, en 2014, au plus fort de la guerre syrienne alors que la zone frontalière avec la Turquie voit s’opposer les djihadistes et les combattantes kurdes. Le conflit est en effet connu du reste du monde pour être le théâtre des forces de Daesh et pour provoquer le déplacement de millions de personnes, qui affluent jusqu’en Europe.

La série se concentre véritablement sur l’engagement des femmes kurdes, que va accompagner Antoine dans sa quête pour retrouver sa sœur. Félix Moati (Gaspard va au mariage), Mélanie Thierry (La Douleur) et Souheila Yacoub (Les Sauvages) se partagent cette affiche prometteuse qui entend apporter un nouveau regard, plus intime, sur la lutte contre Daesh, avec dans le même temps, un second point de vue donné aux enrôlés djihadistes. Douloureuse mais primordiale, la perspective nous offre à suivre le parcours de trois jeunes britanniques débarqués en Syrie pour combattre aux côtés de l’organisation État islamique.

On remarque ainsi les influences considérables des étrangers dans la région, aspect plutôt méconnu chez nous. Ils sont en effet très nombreux à combattre en Syrie, quel que soit leur camp. Au cœur de Daesh ou des combattantes kurdes, on retrouve aussi les agents des renseignements des puissances occidentales, impliqués pour des intérêts divers et variés mais tous décisifs pour le déroulement du conflit.

… à l’intimité du combat

Extrêmement bien documentées, les péripéties s’enchaînent avec réalisme dans un suspens millimétré. S’il est surement nécessaire d’avoir quelques connaissances sur le contexte géopolitique dans la région pour comprendre tous les enjeux dont il est question, la série livre un regard inhabituel qu’il est pourtant nécessaire de partager. Par sa détermination à retrouver sa sœur, Antoine devient une sorte d’œil interne à ce conflit que l’on ne connait que de loin.

Si elle est soudaine, la décision d’Antoine ne semble pour autant pas irréfléchie. Peu convaincu par les preuves qui donnaient sa sœur tuée dans un attentat, il n’espérait pas la venue d’un nouvel indice indiquant qu’elle puisse être encore vivante. Ce qui est certain c’est qu’il est inconscient de ce qui l’attend. Embarqué dans un conflit qui va bien au-delà de ses querelles familiales, il se retrouve confronté à une guerre sanglante qui détruit la région depuis des années.

C’est d’ailleurs toute la réussite de la série : la véritable histoire n’est pas seulement celle d’Antoine, mais celle d’un peuple qui se déchire. Les personnages principaux comme secondaires sont particulièrement bien travaillés et nous donnent à voir toutes les énergies qui animent les combats. Ici, le « no man’s land » est a prendre au premier sens du terme car tout le monde se bat pour une terre qui appartient à la fois à tout le monde et à personne.  Il est question de familles et d’origines, autant que d’amour et de fraternité. No Man’s Land révèle la force de l’engagement et de l’appartenance à une communauté, que son but soit de conquérir ou de défendre. 

 

No Man’s Land, avec Félix Moati, Mélanie Thierry, Souheila Yacoub. France, Belgique, Israël. 8×45 min. 

À voir en intégralité sur arte.tv jusqu’en mai 2021 et sur Arte à partir de novembre 2020. 

Une playlist et une gueule de bois
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Alice Martinot-Lagarde

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