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Dernier match pour Friday Night Lights : Clear eyes, full heart, can’t loose

18 février 2011 | PAR Sonia Ingrachen

Le dernier épisode de Friday Night Lights (5X13 Always) a été diffusé le 9 février sur la chaine américaine Direct TV, ce final met un terme à 5 saisons de qualité d’une série qui reste encore malheureusement peu connue des téléspectateurs. Cette réjouissante série de Peter Berg produite par Jason Katims, nous plonge dans la petite ville de Dillon au Texas. L’histoire se déroule autour de la figure paternelle du coach Taylor qui s’occupe de l’équipe de football du lycée de la ville. Ce n’est pas seulement une série sur le sport ou un teen show, c’est une fiction qui représente bien plus : en choisissant de placer la fiction dans cette petite ville texane où le sport est important, Peter Berg  décide de faire une chronique sociale sur la réalité de l’Amérique ordinaire, celle que l’on voit rarement dans les séries télévisées américaines.

Son Cadre:
Dillon, petite ville texane où l’on découvre autant la ville que ses habitants avec leurs différences sociales et raciales. Filmer avec réalisme, la série dépeint de manière complexe cette ville où cohabitent (souvent inégalement) classes moyennes et défavorisées, populations afro-américaines, latino et WASP. Loin des tableaux glamours que l’on peut apercevoir dans de nombreuses séries TV (One tree Hill, Gossip girl et son élite) ou des représentations stéréotypées, FNL évoque avec justesse les problèmes sociaux que ses habitants peuvent rencontrer : la prison, l’alcoolisme, la délinquance, les familles en crise (le père de Vince est en prison, Matt vit avec sa grand mère, absence des parents chez les frères Riggins) ou tout simplement les difficultés pour ‘s’en sortir’ au quotidien.

Sans caricaturer ses habitants, la série réussit habilement à montrer ses différentes réalités sociales à travers le football dont l’équipe en serait la synthèse et le miroir. En effet, si le sport possède cette capacité à regrouper les gens, la série n’hésite pas non plus à en exposer les limites. Ainsi, à la fin de saison 3 deux lycées sont créés à Dillon : East Dillon et Dillon High. Deux lycées pour deux zones (est contre ouest), deux lycées pour deux types de populations. Cette division des écoles signifie cette frontière géographique, sociale et mentale entre une population moyenne blanche qui vit à l’ouest de la ville- là où se trouve la plupart des infrastructures- et une américaine beaucoup plus populaire (les minorités) qui vit à la marge. Dans le nouveau lycée d’East Dillon, il y a peu de moyens  même pour les programmes sportifs, le terrain est en friche, l’équipement inexistant. C’est dans ce nouvel établissement où tout est à construire que le coach va avoir un rôle intégrateur.

Souvent filmée de manière réaliste, proche d’une esthétique du documentaire (caméra à l’épaule mobile, au plus proche des êtres et des actions), cette série n’hésite pas non plus à représenter cette Amérique aux valeurs traditionnelles telles que la religion ou la famille.

Le sport:
« clear eyes, full heart, can’t loose » est la devise du coach Taylor, une ligne de conduite qu’il tente faire apprendre à ses joueurs. Le Football est l’un des sports les plus célèbres aux Etats-Unis. Il aurait pu être représenté dans la série comme la plupart des américains se l’imaginent: un sport viril, un spectacle de la violence.
Dans FNL, ce sport est un tremplin pour ces jeunes, il nécessite un investissement et une discipline. C’est aussi le moyen de faire partie d’un groupe et d’une communauté «une team» (Panthers, Lions) avec ses valeurs et ses couleurs (bleu, rouge).Ces joueurs sont  sous l’egide du coach Taylor (brillant Kyle Chandler) dont les discours (de motivation ou de morale) sont souvent très forts d’autant plus qu’ils sont rares, c’est une grande figure morale et un modèle pour la communauté. Père (souvent de substitution pour ses joueurs) époux et guide pour certains, il prône des valeurs comme l’honnêteté, la fidélité, le courage. Sa capacité à Croire aux secondes chances fait de lui bien plus qu’un entraineur de football, c’est un héros positif comme on en voit de moins en moins à la télévision (le héros des années 2000 est plutôt un anti héros). Eric Taylor est un homme un peu bourru qui se concentre exclusivement sur ses joueurs (distant face aux médias, aux sponsors, à la politique) et sa famille. Il a souvent la difficile tâche de former des joueurs (et des hommes) en qui personne ne croyait comme dans la saison 4 où il doit reformer une nouvelle équipe à East Dillon avec des ado rejetés.

FNL montre aussi l’envers du sport c’est-à-dire les financements que cette discipline nécessite:  s’entraîner malgré les restrictions budgétaires, les stratégies des Boosters (sponsors très conservateurs), les manipulations des recruteurs des universités (prêts à toutes sortes de stratagèmes pour attirer les joueurs) et les dangers de la communauté qui vous acclame lorsque vous être une star mais vous accable quand vous échouez.

Enfin, la série réussit à rendre le téléspectateur accro à ces matchs du vendredi soir alors que la tâche pourrait paraître peu aisée. Rythmées, filmées avec la voix off du présentateur, ces représentations procurent un véritable plaisir pour les yeux, un spectacle réjouissant.

Les relations humaines:
La force de la série réside aussi  dans sa capacité à nous montrer avec subtilité la complexité des relations humaines que ce soit le monde des adolescents ou celui des adultes. La qualité du scénario, des dialogues et le jeu des acteurs en sont sans doute pour beaucoup. On y découvre ainsi la vie de famille du coach Taylor, sa relation avec Tami, épouse aimante qui a fait de nombreux sacrifices pour les ambitions de son mari. Elle possède une force de caractère qui lui permet de  pousser Eric Taylor à se remettre en question. Tami Taylor devient au cours de la série une sorte de double d’Eric, mais plus libéral et moins mutique. Son travail de principale ou de conseillère d’éducation lui confère un rôle très important auprès des adolescents, elle les conseille et les guide dans leur scolarité (l’école comme ascenseur social) et parfois même au-delà. A travers son personnage, nous découvrons aussi les difficultés du système scolaire américain, entre élitisme (la sélection pour la IVY league) et problèmes budgétaires.

La série réussit aussi brillamment à capter l’univers des adolescents (de manière plus authentique). Les difficultés de ces jeunes, leurs amourettes, leur peur et leurs espoirs sont montrés avec sobriété, loin des séries-teen glamour ou trash. Au fil des saisons certains personnages sont partis, d’autres sont arrivés comme si le rôle de ce coach était de les préparer à devenir indépendant et responsable, comme s’il agissait aussi sur plusieurs générations.

Au final, on garde en tête des rapports touchants entre les personnages notamment la relation forte que Matt entretient avec sa grand-mère ou celle entre le coach et Vince. A travers ces différentes relations, la série tente de montrer des êtres qui désirent avant tout appartenir à un groupe, fuyant la solitude qui leur est souvent imposée. Cette « équipe » qui se forme  dans ce besoin vital, nécessite l’implication de chacun de ses membres. En ce sens le dévouement du coach Taylor pour ses adolescents dit difficiles est exemplaire, malgré quelques échecs (Tim abandonnera la fac par exemple), il ne cessera jamais de se consacrer entièrement à ces adolescents.

L’épisode final:
L’épisode fait revenir quelques personnages des premières saisons, le thème qui parcourt cette conclusion est celui des craintes et des attentes des personnages face à l’avenir : Matt et Julie espèrent faire fonctionner leur relation, Tim doit désormais se forger un futur depuis qu’il est sorti de prison, Jess est effrayée pour sa place dans la nouvelle équipe etc. Mais c’est surtout au sein du couple Taylor que l’on voit que le choix est le plus urgent car c’est peut être une épreuve décisive pour l’harmonie de cette famille : faut-il partir à Philadelphie pour que Tami puisse elle aussi accomplir ce qu’elle espère depuis longtemps, ou rester à Dillon face à une histoire chargée de souvenirs ?

Titre original : Friday Night Lights
Série américain. Genre : Drame. Format : 42mn
Créée par Peter Berg en 2006. Scénariste Jason Katims
Casting: Eric Taylor (Kyle Chandler), Tami Taylor (Connie Britton), Matt Saracen (Zach Gilford), Tim Riggins (Taylor Kitsch), Landry Clarke (Jesse Plemons), Julie Taylor (Aimee Teegarden), J.D. McCoy (Jeremy Sumpter),
Vince Howard (Michael B. Jordan), Luke Cafferty (Matt Lauria)
5 saisons, 75 épisodes
Première diffusion en France le 09 janvier 2008
Première diffusion aux U.S.A. le 03 octobre 2006
Série déjà disponible en DVD depuis le 24 août 2010

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