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Cannes 2019 : « Too old to die young », aperçu de la série furieuse et glaçante de Nicolas Winding Refn

Cannes 2019 : « Too old to die young », aperçu de la série furieuse et glaçante de Nicolas Winding Refn

20 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

À Cannes 2019, dans la section Hors Compétition, deux épisodes de Too old to die young ont été montrés. Pas les tout premiers. L’occasion de goûter non pas toutes les ramifications de son récit furieux, mais plutôt de constater que son mélange prend.

La très attendue série produite par Amazon Too old to die young est réalisée par Nicolas Winding Refn (Pusher, Drive, The Neon Demon), qui l’a conçue comme un film, d’une durée totale de 13 heures. Le moins que l’on puisse dire est que le cinéaste danois semble avoir retrouvé son humanité, dans ce récit. Ses personnages dialoguent toujours avec quatre secondes de latence et ses plans paraissent toujours carrés, mais ici, la vie vibre : ainsi, quand le héros, Jones (Miles Teller, révélation de Whiplash) participe à un groupe d’évacuation des traumatismes avec ses collègues flics, la scène est filmée en panoramiques pas trop léchés – on sent la main qui fait tourner la caméra – et l’histoire contée par l’homme qui parle, bien qu’émaillée de temps de latence, touche.

Comme une bonne conséquence de ce retour vers l’humanité, les personnages, tels qu’on les découvre, ont eux aussi un côté très humain, au cœur du dispositif formel du cinéaste. Le dangereux Viggo, joué par John Hawkes, impressionne du même coup, de même que le père douteux joué par William Baldwin, acteur enfin de retour. On s’attache à eux malgré leurs poses étranges et leurs croyances qu’on ne saisit pas encore totalement.

Et leur côté dangereux n’est pas en trop du tout : la série est en effet ultraviolente. Têtes explosées au revolver, au club de golf, fille poignardée en chambre froide : le sang coule à flots, en des scènes sèches et vives. Et on sait gré, aussi, à Nicolas Winding Refn d’avoir su mélanger à la violence et à l’univers baigné dans la photo de Darius Khondji qu’il révèle, un peu d’humour, au final : comme celui qui frappe lorsque le chef de police se lance dans un numéro musical fou, « pour le vendredi ». La série s’annonce en tout cas vaste et profonde, au-delà de son entreprise de réappropriation du film noir.

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Visuels : © Amazon

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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