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Scandales et polémiques au Festival de Cannes, quand la Croisette s’enflamme…

Scandales et polémiques au Festival de Cannes, quand la Croisette s’enflamme…

06 mai 2011 | PAR Vincent Brunelin

La 64e édition du plus illustre festival de cinéma au monde va s’ouvrir dans quelques jours et avec elle, à n’en pas douter, son lot de polémiques et de controverses. En effet, si Cannes est synonyme de glamour et de paillettes, de montées des marches hystériques et de Palmes d’or prestigieuses, l’histoire du Festival est également jalonnée de dérapages de stars plus ou moins contrôlés, de palmarès contestés et de films qui ont fait scandale. Retour sur quelques-uns de ces épisodes parmi les plus marquants…

Il a suffi parfois d’un cliché sulfureux pour susciter la polémique. En 1954, lors de la 8e édition du Festival, la starlette de série B Simone Silva pose aux côtés de Robert Mitchum. Devant l’insistance des photographes, elle enlève le haut et dissimule sa poitrine généreuse dans les mains de l’acteur américain. Elle se voit alors contrainte de quitter Cannes, et l’image provoque aussi un scandale à Hollywood où une croisade se met en place pour empêcher Mitchum de travailler. Mais les répercussions s’avèrent dramatiques surtout pour l’actrice qui, après avoir subi les foudres des ligues de vertu, se retrouve blacklistée par tous les studios. Sombrant dans la dépression, elle finira par se suicider trois ans plus tard.


Difficile à croire aujourd’hui tant le film fait partie des classiques du 7e art, mais en 1960, La Dolce Vita de Federico Fellini, lauréat de la Palme d’or cette année là, est copieusement hué par le public cannois et condamné par le Vatican (qui est même allé jusqu’à menacer les catholiques d’excommunication s’ils voyaient le film). En cause, la scène désormais culte où la pulpeuse Anita Ekberg se baigne dans la fontaine de Trevi. Ce qui n’empêcha  pas le jury présidé par Georges Simenon de lui décerner la récompense suprême.

Évènement à part dans cette liste et fait unique dans l’histoire du Festival, l’édition de 1968 est purement et simplement annulée. Suite à cette brusque interruption, aucun prix ne sera remis cette année là. Le 10 mai, le Festival s’ouvre pourtant comme si de rien n’était sur la projection d’Autant en emporte le vent. Mais le 13, la révolte étudiante gagne la Croisette, le Palais des Festivals est envahi et les séances de projection sont suspendues. Le 18, Truffaut, Godard, et Lelouch, entre autres, se déclarent solidaires avec le mouvement et prennent la tête de débats improvisés. Ils protestent contre la décision du ministre de la culture André Malraux de démettre Henri Langlois de ses fonctions de directeur de la Cinémathèque. Louis Malle, Roman Polanski et Monica Vitti démissionnent du jury. Alain Resnais, Carlos Saura et Milos Forman se retirent de la compétition. Et c’est ainsi que le 19, les organisateurs décident de clore le Festival.

Autre film italien mythique, autre scandale retentissant. Avec La Grande bouffe, le réalisateur Marco Ferreri ne fait pas dans la demi-mesure et signe une critique très crue de la société de consommation à travers des scènes de repas orgiaques et scatologiques. Présenté à Cannes en 1973, le film subit le déchaînement du public et la critique taxe le film de « cauchemar », de « pot de chambre », ou encore « d’immondice ». Ce à quoi Philippe Noiret répondra : « Nous tendions un miroir aux gens et ils n’ont pas aimé se voir dedans. C’est révélateur d’une grande connerie ».
La Grande bouffe
récoltera tout de même le Prix de la Critique Internationale, ex-æquo avec La Maman et la Putain de Jean Eustache, autre film polémique…

En 1983, alors qu’elle vient présenter L’Été meurtrier de Jean Becker, Isabelle Adjani s’attire les foudres des photographes du Festival de Cannes. Ils considèrent que la star a des attitudes de diva, refusant de participer à la conférence de presse et n’apparaissant pas aux photo-calls. Ils décident donc de boycotter la montée des marches du film, tournant le dos à l’actrice et déposant par terre leurs appareils en signe de protestation. Sacrée ambiance…


En 1987, Maurice Pialat reçoit la Palme la plus sifflée de l’histoire du Festival pour son sulfureux Sous le soleil de Satan. Lorsqu’il monte sur scène pour récupérer son prix, le réalisateur lève le poing et, avec un aplomb certain, déclare cette phrase restée dans les annales : « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ».

En 1997, Mathieu Kassovitz enflamme la Croisette avec le très controversé Assassin(s)… et se fait assassiner en règle par la critique qui n’hésite pas à le qualifier de « pire film de l’histoire du cinéma français », rien que ça. Certaines scènes sont jugées difficilement supportables, mais Kassovitz répond : « Assassin(s) est une expérience qui doit être désagréable, car la violence n’est pas agréable ». Michel Serrault défendra fermement le film en conférence de presse, accusant les spectateurs d’être des « flemmards ».

Jusqu’à l’an dernier où Hors-la-loi de Rachid Bouchareb suscita une vive polémique, assez nauséabonde il faut bien le dire. Le film, qui s’ouvre sur le massacre de Sétif en 1945, retrace le destin de trois frères dans le contexte de la guerre d’Algérie. À la tête des contestataires, Lionnel Lucas, député UMP des Alpes-Maritimes, s’indigne de la présence du film en compétition officielle et l’accuse de falsifier cette période de l’histoire. Sans l’avoir vu puisqu’il n’avait encore jamais été diffusé, et en se basant uniquement sur une version non-définitive du scénario, analysée par une commission d’historiens. Au delà de la dénonciation d’invraisemblances historiques, il s’agissait surtout d’agiter de vieilles rancœurs sur un sujet encore sensible et de désigner avec empressement le pseudo caractère anti-français du film.

Pour boucler la boucle des scandales et autres agitations cannoises, on pourrait également évoquer les péripéties de Sophie Marceau, son discours erratique en 1999 alors qu’elle devait remettre la Palme d’or, ou, plus sexy, sa bretelle de robe capricieuse qui dévoila un de ses seins pendant la montée des marches en 2005. Mais aussi l’accueil houleux que reçut le Crash de David Cronenberg lors de sa projection et de la remise de son Prix Spécial du Jury en 1996, le doigt d’honneur de Tarantino en réponse aux sifflets accueillant sa Palme (décernée en 1994 pour Pulp Fiction), la vrai-fausse polémique qui a entouré Irréversible du provocateur Gaspar Noé lors de l’édition 2002 ou bien le tollé Antichrist en 2009.

Une chose est sûre, qu’elle soit futile ou profonde, inattendue ou montée de toutes pièces, politique ou cinématographique, la controverse reste et restera un élément indissociable du Festival de Cannes. Rendez-vous dans une semaine pour découvrir si cette 64e édition ne fait pas exception à la règle…

Infos pratiques

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