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Savages, le ménage à trois qui déménage d’Oliver Stone

Savages, le ménage à trois qui déménage d’Oliver Stone

07 septembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Présenté en avant-première samedi 8 septembre 2012 au 38ème festival du film américain de Deauville, « Savages » est l’adaptation du best-seller de Don Winslow. Une plongée haletante dans la guerre de 3 jeunes producteurs d’herbe (Taylor Kitsch, Blake Lively et Aaron Taylor-Johnson) contre un gang surpuissant de la mafia mexicaine. Sortie en salles le 26 septembre 2012.

Sous le doux soleil de Califormie, Chon (Taylor Kitsch), Ben (Aaron Taylor-Johnson) et O (Blake Lively) forment un ménage à trois parfait. Une sorte de famille où la jolie jeune-femme puise tout ce qui lui faut dans chacun de ses deux hommes : la protection et l’animalité chez l’ancien soldat Chon, les projets et la tendresse chez le biologiste néo-baba Ben. Ce dernier a mis au point l’herbe la plus concentrée et plus parfaite du monde. Chon veille à ce que personne ne les embête et ils cultivent d’autant plus tranquillement leurs serres de chanvre qu’ils en vendent une partie pour adoucir les fins de vie de patients en soins palliatifs. Mais le terrible cartel de Baja, qui slalome entre le Mexique et les Etats-Unis sous la houlette d’une veuve sans pitié, Elena (Salma Hayek) décide de lancer une omerta sur le petit commerce tout peace des trois jeunes gens. Ceux-ci essaient d’esquiver et de disparaître mais l’homme de main d’Elena, Lado (Benicio del Toro) séquestre O pour que les deux garçons acceptent leur proposition de collaboration…

Vénéneux, oscillant entre le paradis californien et le gore d’un monde où une vie humaine ne vaut rien, « Savages » est un Oliver Stone pur jus. Rien que sa majestueuse scène d’ouverture marque bien le territoire du réalisateur de « Né un quatre juillet », « Platoon » ou « Alexandre ». Mais malgré une débauche d’images grandioses, il faut bien avouer que plus de deux heures de bataille rangée entre gangs paraissent longues. L’adaptation de l’intrigue de Don Winslow est un peu plate question suspense et ne nous tient pas vraiment entièrement attentifs à tous les rebonds des scènes de fusillades ininterrompues. Le film mêle allégrement hémoglobine, shootings gratuits et réactions ironiques et décalées de personnages archétypaux qui n’arrivent pas à sortir de leur carcan pour effectuer une mue souhaitée en anti-héros d’un film de Tarantino. A ce titre, le rôle incarné par Benicio del Toro est parfaitement vulgaire, bas de plafond et n’apporte vraiment rien au film, si ce n’est l’idée redondante qu’un criminel n’a pas de scrupules, ni à tuer, ni à trahir. Pareil pour Travolta en agent de police corrompu. En dame patronnesse de la drogue, Salma Hayek s’en sort mieux car son personnage de grande bourgeoise commandant une horde de machos est tout de même légèrement en décalage. Le film est peut-être intéressant lorsqu’il montre ces trois « méchants » incarnés par trois « grands’ d’Hollywood, contre trois jeunes idéalistes qui sont interprétés par trois étoiles montantes de l’industrie de 7ème art. C’est un peu comme si cette analogie entre le « bien » (voire le « bien-être ») de Taylor Kitsch, Aaron Taylor-Johnson et Blake Lively (aidés par Emile Hisrch) était une déclaration de nostalgie de la part du réalisateur pour la part d’innocence et de beauté qui se cache derrière un visage libre à la fois de rides et de botox. Mais la dure loi des adultes les force bientôt à prendre un masque…
Savages, d’Oliver Stone, avec Salma Hayek, Benicio del Toro , John Travolta, Emile Hisrch, Taylor Kitsch, Aaron Taylor-Johnson et Blake Lively, USA, 2012, 130 min. Sortie le 26 septembre 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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