Cinema
Saison de trahison, ou l’art-puzzle d’Atsushi Yamatoya à l’Étrange Festival 2021

Saison de trahison, ou l’art-puzzle d’Atsushi Yamatoya à l’Étrange Festival 2021

30 septembre 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Dans le cadre de la fenêtre ouverte durant l’Étrange Festival sur l’œuvre brève du réalisateur japonais mort en 1993, ce long-métrage de 1966 a su imposer ses curieuses couleurs.

Officiant comme photographe sur les champs de bataille de la Guerre du Vietnam, un japonais revient chez lui, retrouve la femme à laquelle il semble tenir, donne ses pellicules à des hommes semblant dissimuler des activités peu nettes. Sauf l’une d’entre elles, qu’il a tentée d’arracher à un ami en poste avec lui à la guerre, compère mort dans des circonstances semblant mystérieuses.

Réalisé en 1966, alors que son signataire Atsushi Yamatoya travaillait comme scénariste sous pseudonyme pour le réalisateur culte Kôji Wakamatsu qui tournait à l’époque des films érotiques – et qui resta ébloui au final devant ce métrage – Saison de trahison arbore une forme très curieuse, qui le situe au croisement de plusieurs genres et atmosphères. Son intrigue et son climat évoquent certains films noirs – un an après la réalisation de ce travail-ci, Yamatoya participera, sous pseudonyme encore, au scénario du célèbre La Marque du tueur de Seijun Suzuki – mais les images choisissent aussi de s’attarder, longuement, sur le comportement ombrageux du personnage central, comportement qui se mue bientôt en violence. Dans sa seconde moitié, le film se met à arborer des couleurs quelques peu SM – à la manière de l’époque – et voit le protagoniste se livrer à un long interrogatoire aux allures de scène de bondage avec sous sa menace un personnage féminin guère ménagé. Une séquence dans laquelle les coups interviennent bientôt.

Entre description d’un cadre vénéneux et assez oppressant, et plans donnant à voir comment les protagonistes, à l’écran, se voient victimes de menaces et de violences, ce film constitue une curiosité, à bien replacer dans le contexte de ses années de conception. C’est sa mise en scène, enfin, qui, bien qu’elle n’évite pas toujours les longueurs, parvient à se faire organique et à dérouter au bon sens du terme. Brillamment réalisés, les plans apparaissent montés à la façon d’un puzzle, si bien que les temps acquièrent la capacité de se mélanger sans effets superflus. Frappantes, les images semblent s’entrechoquer, ouvrant sur un imaginaire dont on ne saisit pas forcément toutes les règles à la première vision. On remarque également que le temps est laissé à chaque image pour exister, et faire surgir sa force d’évocation.

Un film de 1966 montré dans le cadre de l’Étrange Festival en 2021, baignant dans un climat assez décalé au final, ni totalement atroce ni complètement drôle. Guère surprenant lorsque l’on sait qu’Atsushi Yamatoya a également œuvré en tant que scénariste sur des séries d’animation telles que Cat’s eyes… On remercie donc le Festival, et les salles de projection du Forum des images, à Paris, d’avoir programmé cette œuvre cinématographique très rare, originale, composée de quatre longs-métrages pour grand écran uniquement.

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Visuel : détail de l’affiche originale japonaise de Saison de trahison (1966)

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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