Cinema

Qui a envie d’être aimé ?, comédie spirituelle et très drôle sur la filiation et la foi !

05 février 2011 | PAR Olivia Leboyer

Le roman de Thierry Bizot, Catholique anonyme (Seuil, 2008), était pudique, drôle et touchant. Réalisé par sa femme, Anne Giafferi (créatrice, avec Thierry Bizot de l’hilarante série Fais pas ci, fais pas ça), le film est également une vraie réussite. Sortie le 9 février.

Antoine (Eric Caravaca), un quadragénaire bien dans sa peau, avocat, marié à une très belle femme (Arly Jover) et père de deux enfants adorables, bascule soudain vers la foi. C’est un petit incident, la convocation d’Antoine par un professeur de collège de son fils, qui va décider de cette conversion tombée du ciel. Invité à une catéchèse pour adultes, Antoine s’y rend par curiosité, commence par se moquer, puis y retourne. Tout le film s’articule autour de ce joli hasard. Antoine n’a pas choisi de se tourner vers la religion au terme d’un processus d’introspection, mais il se trouve entraîné dans une série de rencontres, d’éblouissements qui, petit à petit, lui font prendre conscience de la profondeur du changement opéré en lui.

Il ne s’agit pas d’un film édifiant sur la foi et ses vertus curatives, juste de l’histoire, très simple et poétique, d’un homme qui prend le temps, au milieu de sa vie professionnelle trépidante, de s’intéresser aux autres. Eric Caravaca est parfait, dans un rôle tout en retenue et mesure. Le film séduit par des scènes inattendues, comme en suspension : ainsi, ce moment à la fois drôle et attendrissant où Antoine, de son balcon, tente maladroitement de faire un signe amical à son voisin revêche, qui ne réagit pas ! Si Antoine cherche à aller vers les autres, c’est aussi parce que, dans sa propre famille, il a pu se sentir rudoyé, ou négligé, par un père (Jean-Luc Bideau, toujours très chic et impressionnant) qui a toujours marqué une préférence pour le fils prodigue (Benjamin Biolay, absolument extraordinaire dans un rôle de chômeur aviné violent et revendicatif !). Le père aime Antoine, mais pense, à tort, qu’il a moins besoin d’être aimé, car il a déjà tout. Dans une scène très réussie, Antoine et son père, portent une table trop lourde. Le fils feint alors d’avoir mal au dos, pour ne pas vexer son père. Qui a envie d’être aimé ? est jalonné de ces petits gestes d’attention aux autres, compris ou non (les scènes contrastées entre Antoine et son fils adolescent). Les plages d’aération en Bretagne sont très belles.

Une vraie sollicitude, au sens ricœurien, est perceptible tout du long. Mais que le spectateur se rassure : on rit énormément ! Le ton est résolument moderne, caustique (les travers de certains catholiques font sourire). Et surtout, il y a Valérie Bonneton, la sœur d’Antoine et Alain (Benjamin Biolay), dépressive et azimutée, toujours extrêmement drôle !
Après Des hommes et des dieux (Xavier Beauvois) ou Un poison violent (Katell Quillévéré), un très joli film sur la foi, modeste et emballant ! Allez-y, comme la belle affiche de Sempé vous y invite !

Qui a envie d’être aimé ?, d’Anne Giafferi, France, 1h29, avec Eric Caravaca, Arly Jover, Valérie Bonneton, Jean-Luc Bideau, Benjamin Biolay. Sortie le 9 février.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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