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Quelques kilos de dattes pour un enterrement, l’Iran en attendant Godot

Quelques kilos de dattes pour un enterrement, l’Iran en attendant Godot

02 juin 2011 | PAR Olivia Leboyer

Sadry et Yadi, employés dans une petite station-essence, se retrouvent désoeuvrés depuis la construction d’une déviation de route. Plus que jamais en marge, ils quittent doucement le terrain des réalités. Sortie le 1er juin 2011.

Voir aussi notre critique de  » Lonely tunes of Tehran ».

Réalisé en 2006, Quelques kilos de dattes pour un enterrement sort demain sur nos écrans. Comme si Sadry et Yadi, les deux anti-héros marginaux, avaient patiemment attendu tout ce temps dans leur petite station-service, entre ratiocinations et amours fantasmées. Le film possède une réelle puissance poétique : dans un paysage de neige, désolé et vide, Sadry et Yadi ont pour seuls confidents le croque-mort et le facteur, qui les rattachent encore un peu au monde de la ville. Pourquoi restent-ils ? Comme Vladimir et Estragon chez Beckett : parce qu’ils n’ont nulle part où aller, parce que leur association bancale et triste ressemble peut-être vaguement, quand même, à de l’amitié. Surtout, ils pressentent que la ville les renverra à leur marginalité. Alors, en attendant que quelque chose se passe, Sadry écrit des lettres à la jeune femme qu’il a, un jour, entrevue, tandis que Yadi tombe amoureux d’une morte, découverte dans la neige. Ici, l’amour se résume à l’absence, à l’impossible. La folie (le frère handicapé du facteur), la solitude (Yadi s’adressant directement à Dieu, comme Job), la honte étouffent les deux hommes, qui résistent de la plus belle des manières : en continuant, coûte que coûte, à rêver, à divaguer. Un film à voir !

Quelques kilos de dattes pour un enterrement, de Saman Salour, Iran, 2006, Noir et Blanc 35mm, 85 minutes ; avec Mohsen Tanabandeh, Nader Fallah, Mohsen Namjour, Mahmud Nazar-Alian. Sortie le 1er juin 2011.

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Lonely tunes of Tehran, deux marginaux, la solitude et l’espoir
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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