Cinema
Prometheus : un prequel d’Alien spectaculaire mais sans âme

Prometheus : un prequel d’Alien spectaculaire mais sans âme

30 mai 2012 | PAR Vincent Brunelin

Visuellement époustouflant, le film reste pourtant hermétique au spectateur. La faute à une atmosphère trop lisse et à une mise en scène académique qui délaisse les moments de vraie tension. Ce retour aux sources de Ridley Scott ne tient donc pas toutes ses promesses. Sortie le 30 mai.

Synopsis : Une équipe d’explorateurs découvre un indice sur l’origine de l’humanité sur Terre. Cette découverte les entraîne dans un voyage fascinant jusqu’aux recoins les plus sombres de l’univers. Là-bas, un affrontement terrifiant qui décidera de l’avenir de l’humanité les attend.

L’annonce de ce vrai-faux nouvel épisode de la saga Alien, avec à sa tête Ridley Scott, avait fait l’effet d’une bombe. Entre les nombreux teasers entretenant le suspense et une promo virale savamment orchestrée, l’évènement tant attendu avait de quoi en faire saliver plus d’un. Plus de 30 ans après la sortie du premier opus (en 1979), sans oublier son Blade Runner (1982), Prometheus marque donc le retour du réalisateur à la science-fiction, un genre auquel il a pleinement contribué avec ces deux classiques et qu’il n’avait plus abordé depuis.

Force est de constater que le film déçoit, au moins en partie. Pris au piège de son enveloppe 3D (plutôt réussie pour une fois), submergé par ses effets spéciaux démesurément éblouissants, Prometheus manque de sève et souffre de la comparaison, inévitable, avec son glorieux héritage. Et s’il n’était tout bonnement que le reflet d’une époque où les moyens financiers et les nouvelles technologies prennent le pas sur l’essence même des films ? On serait tenté de l’affirmer, au risque de passer pour un vieux con. Et ce n’est sans doute pas la sortie imminente du remake de Total Recall qui viendra nous contredire…

Ce qui est sûr, c’est que ce Prometheus délaisse presque tout ce qui faisait le style de l’œuvre originale et dans une moindre mesure, celui des épisodes suivants. À savoir le huis clos, l’obscurité, l’atmosphère poisseuse et le climat de paranoïa latente. Si l’air de la planète investie par les explorateurs est en partie irrespirable, l’ambiance du film, elle, est loin d’être étouffante et ne laisse place à aucuns moments de tension. Porté par une impeccable direction artistique, Scott préfère substituer des paysages lunaires et de magnifiques plans aériens à l’univers claustrophobique de son 8e passager. La séquence d’ouverture sur le cosmos et les cellules qui se multiplient rappellent d’ailleurs étrangement le Tree of Life de Malick. Émergent de ce récit trop lisse quelques scènes marquantes, comme celle de la césarienne, à déconseiller aux âmes sensibles.

Si Ridley Scott souhaitait réaliser son Avatar, la mission est réussie. Esthétiquement sublime, Prometheus souffre en revanche d’un scénario gruyère dont les enjeux restent à l’état d’ébauche, multipliant les pistes sans jamais vraiment les exploiter et laissant pas mal de questions sans réponses. Et le réalisateur aggrave encore son cas lorsqu’il dilue son film dans des aspirations métaphysiques et une bouillie spirituelle pataude. Au milieu de tout ça, les acteurs essayent tant bien que mal de donner de l’épaisseur à des personnages qui en manquent cruellement. À l’image de Noomi Rapace, irréprochable, ou de Charlize Theron dont le rôle pourtant ambivalent demeure réduit à sa plus simple expression. Dans ces conditions, difficile pour le spectateur de s’inquiéter de leur sort et d’avoir peur pour eux. Dommage pour un film horrifique. Seul Michael Fassbender en androïde inquiétant tire réellement son épingle du jeu. Il livre une fois de plus une prestation éblouissante de justesse et d’ambiguïté. Il faudra malheureusement se contenter de ça…

 

Prometheus, de Ridley Scott, avec Michael Fassbender, Charlize Theron, Noomi Rapace
USA, S-F, Horreur, 2h03
Sortie le 30 mai 2012

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Vincent Brunelin

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