Cinema

« Promare », film d’animation japonais tout en action et en couleurs éblouissantes

« Promare », film d’animation japonais tout en action et en couleurs éblouissantes

01 août 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Long-métrage d’animation japonais ambitieux, Promare peut éblouir par son style graphique virevoltant, divertir grâce à ses personnages charismatiques, et intéresser par son univers dont on perçoit la chair. A voir en salles depuis le 31 juillet.

Pour le spectateur pas familier de tous les styles de film d’animation japonais actuels, qui ne consomme pas régulièrement de longs-métrages animés où l’action se taille la part du lion, ce film fait l’effet d’un cocktail frappant et dépaysant, et peut éblouir, avant toutes choses par son style graphique. Récit de science-fiction frénétique aux scènes d’action longues et soignées, Promare est produit par le studio d’animation japonais Trigger, à l’origine entre autres des séries animées Kill la Kill (2013) ou Darling in the Franxx (2018). Son ambition visuelle transporte, par sa capacité à associer explosion de couleurs harmonieuse et rythme effréné, qui laisse au spectateur le loisir de souffler aussi, parfois.

Une technique virtuose, un monde habité

Dans le futur, on suit une unité de pompiers équipés d’armures impressionnantes aux formes robotiques, prêts à tout donner pour vaincre les flammes : catapultages au sommet des immeubles, courses à pied sur les façades, largage de glace en rafale, hélices géantes contre la fumée, et même combats au corps-à-corps avec le brasier. Leur pompier star rigolard, frimeur et sympathique, véritable personnage principal du récit, réalise les meilleurs exploits. Et l’unité affronte principalement des mutants à l’apparence humaine, atteints de combustion. Mais leur ennemi n’est en fait pas ce qu’ils croient…

Dans Promare, l’univers graphique donne à voir des formes et des silhouettes effilées, qui virevoltent, et apparaissent comme constituées de petits motifs triangulaires, visibles lorsqu’elles sont détaillées ou lorsqu’on les voit se décomposer après une mort ou une blessure. Ce style de dessin, associé à des couleurs bien choisies et guère criardes et aux partis-pris de réalisation, peut dépayser et éblouir dans la mesure où il met face à un univers très stylisé, et surtout à des protagonistes pas infaillibles ou super-puissants envers et contre tout.

Lors des scènes où l’action marque une pause, ainsi, ces parti-pris graphiques permettent d’aboutir à des instants où l’on assiste à la naissance d’images fortes (des figures fantastiques, entre autres), progressivement composées sous nos yeux par ces motifs qui viennent s’unir, ou à des moments où l’on contemple, de loin, les corps de personnages vaincus en train de tomber en poussière (ou plutôt de se décomposer en ces petits motifs triangulaires lancés dans le vide). Ces instants apparaissent graves, lyriques ou emplis de colère. On perçoit parfaitement la chair de ce monde-ci.

Ce style de dessin sert également les scènes d’action, en permettant à l’univers de prendre des dégâts sérieux, stylisés et donc d’autant plus impressionnants. Et ce trait effilé sait s’associer à un tempo trépidant, et aussi à des angles de vue mobiles et frénétiques, relevant du pur improbable (course à pied endiablée sur façades d’immeubles, chute en plein ciel avec bagarre sans relâche…) qui permettent des cascades originales et abouties. Le rythme de ces séquences d’action emporte.

Des personnages charismatiques

A aucun moment, enfin, le style graphique du film et son action n’étouffent le caractère humain et attachant des protagonistes. Le scénario, prétexte, permet à leurs caractères de s’exprimer avec force et jusqu’au-boutisme, au sein des chemins qu’il emprunte. Et les doubleurs se montrent experts : la vision du long-métrage en japonais reste à recommander, pour ne rien rater du caractère charismatique des personnages. Le gouverneur et grand chercheur Kray Foresight, protagoniste-clé, est ainsi excellemment pris en charge par son interprète vocal, Masato Sakai, aussi imposant dans ses répliques que les lignes visuelles du personnage dessiné qu’il incarne, mais également enjoué et énergique, n’hésitant pas à grimper dans les aigus et à s’amuser dans ses intonations.

De même, le duo infernal au centre du film se révèle plein de personnalité : Galo Thymos le pompier-star (doublé par Kenichi Matsuyama) apparaît parfaitement déchaîné, frimeur et irrésistible, tandis que Lio Fotia (Taichi Saotome) porte une rage bien enivrante. On s’attache aussi à la géniale Lucia Fex (Mayumi Shintani) ou au professeur Deus (Arata Furuta).

Et le long-métrage dévoile au final une mythologie pas mal du tout, qui en appelle à la croyance en les esprits. Et donne le champ libre à quelques scènes pour vraiment impressionner, avec parmi elles une séquence très marquante, où un long cri étouffé retentit, et glace le sang…

Distribué par Eurozoom, Promare est à l’affiche dans les salles de cinéma françaises depuis le 31 juillet.

Visuels : © Eurozoom

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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