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Pour lui, le lauréat d’Un certain regard en salle le 4 avril

Pour lui, le lauréat d’Un certain regard en salle le 4 avril

29 mars 2012 | PAR Celeste Bronzetti

Pour Lui, film « Un certain regard » au Festival de Cannes, est la dernière création de Andreas Dresen, metteur en scène allemand qui a gagné sa notoriété avec Un été à Berlin, ours d’argent au Festival de Berlin en 2001. Et c’est justement un regard ce qu’il met en scène dans ce film : un regard sur un homme touché par une maladie mortelle, qui finit par se confondre avec son corps.

 

Frank et Simone, sa femme, sont dans un cabinet médical : la première scène semble marquer inéluctablement la destinée à la fois des personnages et du spectateur, face à un drame familial qui pourrait toucher tout le monde. Une tumeur au cerveau a été diagnostiquée, elle ne pourra pas être opérée. Frank n’a que quelques mois à vivre devant lui, aucune possibilité de thérapie lui donne des espoirs de guérison. Pendant toute la scène on ne voit que les visages du couple immobiles, impuissants. Quelques larmes coulent pendant que la voix ferme, hachée et très humaine du médecin ne laisse aucun espace d’ambiguïté à son professionnalisme.

À partir de ce moment, tout le film tend à la réalisation de la mort, presque comme s’il s’agissait d’une étape intégrée et complémentaire à la vie même. Pas de piété, pas de supplice déchirant, il s’agit plutôt d’un reportage sur la douleur d’un corps décadent, une analyse crue qui représente la fragilité humaine et qui la pousse jusqu’au bout. La mort est peinte brutalement dans ses véritables contours, sans aucune hypocrisie, ce qui entraîne inévitablement qu’elle en ressort allégée, dédramatisée. Bientôt les enfants sont mis au courant de la maladie qui touche leur père; ils ne seront pas éloignés, au contraire, ils vivront à côde leur mère le voyage du père vers sa fin. La mort n’est pas un tabou à leurs yeux comme elle l’est, au contraire, pour la majorité des enfants de leur age.

L’expérience de ce film prend des contours presque initiatiques dans sa lente mise en question de toute mystification de la mort, opérée par nos sociétés occidentales. Est- ce qu’il y a vraiment des limites de respect et de décor qu’il ne faut pas dépasser si on représente un homme qui meurt? C’est la grande question qu’on se pose en observant la souffrance misérable de Frank tout au long du film : on le voit perdre progressivement tout contrôle sur son corps et sur sa pensée, jusqu’à des actions misérables comme celle de faire pipi dans la chambre de sa fille après avoir cherché, sans succès, la porte des toilettes. La déchéance humaine mise en scène par Dresen est totale et compatissante. L’avis du metteur en scène sur le rapport de nos sociétés contemporaines à la mort est flagrante et sa réponse le sera à son tour : « Je n’accepte tout simplement aucune pitié. Sous cette apparente désinvolture, il y a évidemment beaucoup de gravité ».

La maison dans laquelle le couple vit avec ses deux enfants prend le poids d’un véritable personnage : les grandes fenêtres qui s’ouvrent sur un paysage hivernal, ses escaliers, les murs et les sols en bois qui grincent au passage sont le décor brut, lourd et authentique du film de Andreas Dresen.

Pour lui c’est un film qui montre un homme en cher et os, qui n’a rien de l’acteur ou du personnage de fiction : il assume sa maladie et sa destinée depuis le début, il décide de filmer quelques moments de ce parcours ultime avec son Iphone, un geste de plus qui rattache cet homme à notre quotidien, bien qu’il reste un acte sans conséquence. Un geste naturel et irréfléchi.

Bientôt rien n’existera plus de lui. Mais sa femme et ses enfants continueront à vivre leurs vies; Une horloge bat les secondes dans la chambre de Frank, jusqu’à son dernier souffle. C’est le temps qui continuera à couler, inexorable. Andreas Dresen nous offre avec Pour lui une reflexion extrêmement lucide sur le temps et sur ce qui reste de l’homme après sa mort.

Visuel : autorisation  Sophie Dulac Distribution

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Celeste Bronzetti

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