Cinema
Portraits intenses et irisés dans le Hors Piste des Arcs Film Festival

Portraits intenses et irisés dans le Hors Piste des Arcs Film Festival

19 décembre 2020 | PAR Yaël Hirsch

Après un week-end d’ouverture qui nous parlait beaucoup de faute et de rédemption (lire notre chronique), nous avons poursuivi cette semaine notre Hors Piste des Arcs Films Festival en puisant tous azimuts dans la compétition, la hauteur et le playtime, pour y découvrir de puissants portraits. 

After Love de Aleem Khan : deux femmes dans le choc des cultures

En compétition aux Arcs et également présenté à l’ACID et prix à la Postproduction de la Fondation Gan cette année 2020, After Love du Britannique Aleem Khan, commence par un deuil. On n’aperçoit que quelques instants le mari de Mary (merveilleuse Joanna Scanlan), avant de la voir sculpturale, toute de noire vêtue, veuve convertie à l’Islam d’un homme trop vite fauché. Mais le décès ouvre aussi une brèche de l’autre côté du channel et, à Calais, une autre femme (Nathalie Richard) est également en deuil. Elle est française et bien laïque… Un double choc des cultures est en marche. Intense et juste, After Love suit, pas à pas, les décalages et les incompréhensions, non seulement entre les deux femmes, mais aussi, à travers le portrait de Mary, d’une certaine Angleterre d’aujourd’hui. Un film doux et intense sur un thème abrupt et central. 

Vaurien, de Peter Dourountzis : Pierre Deladonchamps en errance nietzschéenne

Le premier long métrage de Peter Dourountzis, sélection officielle Cannes 2020, était en compétition dans ce hors-piste des Arcs. Sourire sardonique, gueule d’ange et âme bien noire, Pierre Deladonchamps incarne « Djé ». Avec un magnétisme négatif et triste, il erre, séduit les filles pour une nuit et nuit finalement plus par lâcheté que par des actes prémédités et intéressés. Sauf que Djé n’a aucun compas moral, rien à perdre et n’a pas de limites. Dans un cadre photo très strict et très effilé, l’on suit avec intensité cette dérive d’un homme qui est déjà très loin. Vaurien est un film qui rumine avec esthétisme et offre à l’Ophélie Bau de Mektoub my love un joli rôle de femme provocante et libre. 

I am Greta, de Nathan Grossmann : dans les pas de l’égérie green

Dans ce documentaire qui fait le portrait d’une adolescente solitaire, sauvage, mais évidemment habitée par sa cause, Nathan Grossmann suit, pas à pas, la militante écologique suédoise qui, en 2018, a lancé un mouvement de grève pour enjoindre son pays à agir en matière de réchauffement climatique et qui a prononcé le fameux discours « How dare you? » aux Nations Unies en 2019. I am Greta est une épopée bien menée et qui permet d’installer le personnage dans la durée, même si l’on apprend rien de neuf sur la jeune femme.

La terre des hommes, de Naël Marandin : portrait de femme dans un monde paysan en train de sombrer

Film de clôture de cette édition 2020 des Arcs Film festival, La terre des hommes de Naël Marandin réunit un beau casting pour parler de la violence patriarcale du monde paysan. Tout commence au cœur du système : là où l’on vend les bêtes. Constance, incarnée par la saisissante Diane Rouxel a un projet ambitieux pour reprendre la ferme de son père (Olivier Gourmet, toujours parfait et parfaitement crédible en paysan). Pour l’aider, il y a son compagnon aimant, lui aussi attaché à la terre, Bruno (Finnegan Oldfield). Mais pour se lancer avant d’être forcés de vendre la ferme, il leur faut l’aide de la SAFER. Sylvain (Jalil Lespert, charismatique), le grand exploitant qui est à l’interface des petits paysans et du système d’aide dit qu’il croit en leur projet et qu’il va les soutenir. Mais Constance lui plaît un peu trop et le devenir du couple dépend d’enjeux politiques qui les dépassent… Avec une photo magnifique, un propos illustré caméra à l’épaule avec beaucoup de sensibilité, La terre des hommes nous emmène là où on ne l’attendait pas forcément avec nuance et avec un casting vraiment parfait. En salles très prochainement en 2021.

Nous finissons ce festival avec encore bien des films à rattraper hors piste d’ici le 26 décembre, beaucoup de reconnaissance d’avoir pu vivre, même en ligne un Arcs film festival cette année 2020 et une hâte de remonter à Taillefer l’année prochain !

visuel : Affiche de « Vaurien » (c) Rezo Films

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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