Cinema

Portrait au Crépuscule d’Anguelina Nikonova : un violent désenchantement

Portrait au Crépuscule d’Anguelina Nikonova : un violent désenchantement

17 février 2012 | PAR Yaël Hirsch

Sélectionné à Venise en 2011, « Portrait au crépuscule » rejoue sur fond de Russie post-industrielle les astres d’un portier de nuit qui serait flic et désespéré. Un film plus dur que troublant, avec dans le rôle de la victime qui s’attache à son bourreau, la sublime co-scénariste du film, Olga Dykhovichnaya. Sortie le 22 février 2012.

Trentenaire, Marina (Olga Dykhovichnaya) vient d’une famille aisée, a épousé un mari égoïste et affairiste sans carrure (Roman Merinov) et couche par vengeance avec un de leurs amis qu’elle ne désire pas vraiment. Elle gagne peu sa vie, dans la douleur, avec un travail désespéré d’assistante sociale auprès d’enfants battus ou abusés. Toute élégante et de blanc vêtue elle erre un jour dans une banlieue plus populaire que celle de son appartement du centre-ville. Un de ses talons se casse, personne ne veut la ramener chez elle, même moyennant finances, on lui vole son sac, et elle est repêchée par trois agents de police qui font du viol de malheureuses jeunes-femmes leur divertissement quotidien. Violée et jetée sur le bas-côté, Marina rencontre enfin une bonne âme qui la ramène chez elle. Elle prend une douche, ne dit rien à personne et mature sa vengeance. Mais au moment où elle recroise le plus jeune des trois policiers qui l’a violée (Sergueï Borissov), et qu’elle est prête à tuer avec une bouteille cassée, une brusque pulsion sexuelle la prend. Elle revient plus tard voir son bourreau, qui vit dans la misère avec un frère fou et un grand-père incontinent, pour vivre une grande histoire d’amour.

Images grises de pluie, corps sans joie, et violence brute forment la recette acclamée de ce film tourné avec le fuel du désespoir. La réalisatrice nous assure qu’elle a « donné un peu plus de légèreté » au scénario original que lui a proposé sa comédienne. Il y a certainement une poésie dans ce magma de glauque, et certains seront émus d’entendre une femme violée répéter comme une machine à son bourreau qu’elle l’aime, litanie immanquablement ponctuée de coups. Mais faut-il en arriver à un tel degré de laideur humaine pour ressentir de l’émotion au cinéma? Une victime consentante est une vision intolérable. Il semblerait qu’il y ait un fond de réalité sur l’indifférence des gens, sur la vénalité des russes et la corruption des serviteurs de l’État. Anguelina Nikonova donne une forme adéquate à ce cauchemar qui ferait presque regretter Staline, tandis que Olga Dykhovichnaya joue à la perfection le soleil noir.

« Portrait au Crépuscule » d’Anguelina Nikonova, avec Olga Dykhovichnaya, Sergueï Borissov, Roman Merinov, Russie, 2011, 1h45, sortie le 22 février 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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