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PIFFF au Gaumont Opéra : 3ème jour

PIFFF au Gaumont Opéra : 3ème jour

20 novembre 2012 | PAR Olivier Handelsman

Le Paris International Fantastic Film Festival suit son paisible cours ethéré, ponctué de hurlements terrifiants et de scènes de violence abominable. Au programme du dimanche 18 novembre : The Cleaner (Adrián Saba), Quatre Mouches de Velours Gris (Dario Argento), Citadel (Ciarán Foy) et Dragon Gate : la Légende des Sabres Volants (Tsui Hark).

Avant même le début des films, on est déjà dans l’ambiance fantastique : entre Double Dragon et Evil Dead, la soirée s’annonce imprévue, incongrue, inquiétante et excitante à l’excès. On n’a pas repris son souffle des deux films précédents que la puissance dramatique de Citadel (en compétition, et primé à Chicago, Galway, Neuchâtel, Puchon et au South by Southwest d’Austin) vient nous glacer le sang. Habitant dans une énorme tour H.L.M. d’une banlieue anglaise d’une extrême pauvreté avec sa compagne Joanne (Amy Shiels), enceinte de lui, Tommy (Aneurin Barnard) organise son déménagement alors qu’une nouvelle vie s’offre à lui. Le bâtiment doit être détruit, ce qui leur donne l’occasion d’aller fonder leur famille dans un endroit plus agréable. Victime d’une sauvage agression à la seringue par des adolescents encapuchonnés de la tour, Joanne tombe dans le coma sous les yeux de Tommy, impuissant car bloqué dans l’ascenseur. Les agresseurs s’enfuient sans que l’on ait pu voir leur visage.

Leur enfant, Elsa, est sauvée par les médecins, mais Tommy sombre dans une dépression l’empêchant de se ressaisir et accepte finalement le débranchement du respirateur artificiel de Joanne. Terrorisé par cette expérience, il vivote en élevant sa fille, essayant tant bien que mal de se convaincre que sa peur de voir revenir les assassins de sa femme dans sa nouvelle maison, pour enlever son bébé. Personne ne le croit à part le prêtre de l’hôpital où est morte Joanne (James Cosmo), bourru et grossier. Accompagné de l’enfant aveugle Danny (Jake Wilson), il essaie lui aussi de convaincre son entourage de la dangerosité de ces enfants, mais méprise le craintif Tommy et lui conseille de prendre lui-même les armes pour lutter contre les bandes d’adolescents dégénérés de la tour, qu’ils n’ont pas évacué.

Bâti sur un schéma différent du film suivant les victimes d’agressions, car Tommy ne dépasse jamais réellement ses peurs malgré la bravoure dont il finit par faire preuve, Citadel flirte avec le surnaturel sans jamais en dépasser la frontière : les effrayants enfants de la citadelle, attirés par la peur, sont malades et cherchent à agrandir leur famille de tueurs sans pitié, ne peuvent rien contre le pouvoir humain du réconfort et l’unité. Les braves et ceux qu’ils protègent leur sont invisibles, car dans leur folie meurtrière, ils ont oublié ce que peut être la vie hors d’un quartier déshérité, sans peur et sans besoin de lutte pour la survie. Éternellement seuls, ils sortent la nuit pour attaquer un quartier que la police a peur de contrôler. C’est pour retrouver confiance en lui-même et justifier son existence et celle de sa famille que Tommy accepte enfin de retourner dans la citadelle pour affronter ses démons, qui sont ceux de tout un peuple suburbain oublié des autorités, où victimes et tueurs finissent par ne plus former qu’une masse indistincte aux yeux du reste du monde.

Et puis il y a bien sûr eu la perle de Chine, le wuxia Dragon Gate : la Légende des Sabres Volants, de Tsui Hark (prononcer Tchoï Hâk en Cantonais). Ce deuxième remake (après L’Auberge du Dragon de Raymond Lee, mais réalisé principalement par le producteur Tsui Hark, 1992) de Dragon Gate Inn (1967, de King Hu), qui raconte l’histoire de soldats de la police secrète des eunuques corrompus des bureaux de l’Est et de l’Ouest, des combattants et de chasseurs de trésors convergeant vers l’auberge de la porte des dragons, un lieu à haut risque en plein désert de Gobi. Entre élimination des dissidents (en cachette de l’empereur) mission de sauvetage et recherche d’une ancienne cité Xia, sur fond d’intrigues à la cour du palais impérial, tous les protagonistes ont des raisons différentes de dégainer leurs arts martiaux et leurs objets tranchants.

Présenté ce soir-là pour la seule et unique fois en 3D en France, ce chef-d’œuvre du brillant producteur de la série du Syndicat du Crime (réalisée par John Woo), et réalisateur des Il Était une Fois en Chine et Détective Dee, a pour vedette Jet Li (Roméo doit mourir, Il Etait une Fois en Chine, Le Baiser Mortel du Dragon, The Expendables, Danny the Dog) dans le rôle de Zhao Huai’an, chevalier errant et justicier expert en combat (à mains nues et aux armes). Sillonnant le pays avec ses compagnons, il élimine un par un les eunuques de l’empereur qui tyrannisent les fonctionnaires et le peuple, et protège les concubines pauvres de l’empereur de la fureur de leur rivale la plus puissante, Wan Zhener. Pendant ce temps, une mystérieuse inconnue se fait passer pour Huai’an, et une tempête gronde au-dessus de l’auberge noire de la Porte du Dragon…

Une réalisation sublime, des effets spéciaux volontairement exagérés (c’est un wuxia -film suivant les aventures d’un combattant à la Robin des Bois- après tout), un passage à la 3D plus justifié qu’il n’y paraît lorsque l’on est déçu de la technologie (les scènes d’action sont exceptionnellement dynamiques et inspirées), des styles de combat aussi divers qu’impressionnants (les sabres volants ne le sont pas par magie), des personnalités profondes joués par d’excellents acteurs (en plus de Jet Li, Zhou Xun et Chen Kun de Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise) et une histoire passionnante, Dragon Gate a tout pour lui. Malheureusement, des erreurs répétées d’images 3D superposées ont donné la migraine aux spectateurs, et la confusion engendrée par un film long, plein de rebondissements, tourné en Cantonais, doublé en Mandarin et sous-titré en Français a mitigé certains spectateurs.

Qu’à cela ne tienne ! Tous ont été époustouflés par le talent des cinéastes diffusés jusque là, ainsi que celui des programmateurs de ce festival. Un grand (et long) moment de cinéma pour les amateurs ainsi que les néophytes.

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Olivier Handelsman
Olivier Handelsman est étudiant en master de management à Grenoble École de Management, et étudie en échange à la Simon Fraser University de Vancouver (Colombie-Britannique, Canada) au second semestre 2013-2014. Licencié de Sciences Économiques à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, Olivier est intéressé par la micro-économie, l'entrepreneuriat, le management stratégique, de l'innovation, de la musique, des systèmes d'information et des nouvelles technologies. Olivier Handelsman a été scénariste de courts et longs-métrages en machinima (images de synthèse issues de jeux vidéo), et a une expérience professionnelle de pigiste dans différents médias tels que le journal Le Point (hors-série Références), PC Jeux et Millenium Source, ainsi que d'auditeur de service client, de programmeur Visual Basic et de démonstrateur produit.

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