Cinema

The Host and the Cloud, Pierre Huyghe entre réel et fiction chez Marian Goodman

The Host and the Cloud, Pierre Huyghe entre réel et fiction chez Marian Goodman

03 novembre 2010 | PAR Bérénice Clerc

La Société pousse à fuir le réel de peur qu’il n’existe pas. Mais pouvons-nous prétendre voir, connaitre et comprendre le réel ? Comment est-il fabriqué, constitué et envisagé selon notre propre histoire, celle de nos ancêtres et de notre civilisation.

A la galerie Marian Goodman (79 rue du Temple à Paris) jusqu’au 27 novembre 2010  « The Host and the Cloud », le dernier film du talentueux Plasticien Pierre Huyghe, nous entraine dans notre solitude cérébrale, faite d’images désincarnées, de réel disloqué ou de virtuel rêvé et nous touche au plus profond.

Dès les années 90, après ses études aux Arts Décoratifs de Paris, Pierre Huyghe , interroge le rapport entre réalité et fiction, grâce à des  supports comme les affiches, la photo, les installations, le spectacle ou la vidéo.

Il fonde en 1995 l’association des temps libérés. Son but est de développer des temps improductifs, de réfléchir sur le temps libre et l’élaboration d’une société sans travail, aux antipodes de la notre !

Il achète en 1999 le copyright d’un personnage de manga japonais et lui créé une vraie histoire, grâce à des témoignages d’enfants récoltés dans une cour de récréation pour « Two minutes out of time ».

Lors de sa première grande Monographie en 2006 au Musée d’Art Moderne de Paris, cet artiste à l’imagination extraordinaire nous dévoilait « Celebration Park » un parc qu’il envisage de construire avec pour références les expositions universelles.

Des architectes, des musiciens, des chorégraphes sont conviés afin d’imaginer la célébration de jours non fériés, de créer des calendriers, des posters et un mode d’emploi de parades afin d’agencer différemment le temps.

Où est le réel ? Le temps nous appartient-il ? une réincarnation est-elle possible ? A 48 ans le poétique Pierre Huyghe tente de répondre à ces questions et nous interroge toujours sur la vie et la possibilité d’un monde imaginaire dans lequel le réel a sa place originel.

Pour « The Host and the Cloud », Pierre Huyghe a conçu des expériences live, filmées au cours de trois journées, Halloween, la Saint Valentin et le Premier Mai, dans le bâtiment du Musée National des Arts et Traditions Populaires, fermé pour la circonstance.

Nous sommes face à des situations réelles transfigurées, aux pays des rêves, des fantasmes et des références spectrales de l’actualité, de l’histoire ou des mythes dès la partie tournée pour Halloween.

La Saint Valentin, soit disant fête des amoureux décidée et inscrite dans le temps le 14 février, par des vendeurs de cadeaux, nous entraine dans la construction amoureuse d’une jeune fille, puis nous donne à voir le geste amoureux, un homme étreint et caresse la lumière pour faire apparaitre des ombres chinoises. Les coulisses souterraines de notre scène intérieure amoureuse sont-elles semblables à ce que nous donnons à voir ou vont-elles jusqu’à l’extrême sensualité d’une étreinte collective quasi orgiaque ?

Pierre Huyghe a choisi de terminer son travail le 1er mai 2010, jour de non activité par excellence hérité de combats sociaux. La politique se mêle à l’actualité, la révolution devient un jeu, celui de changer les règles.

Echappons-nous vite du réel, pour toucher l’inoubliable, explorons l’inconscient d’un lapin blanc matérialisé par des êtres réels dans des saynètes indescriptibles de danseurs déchainés sur le Thriller de Michael Jackson, de Marionnettes en plein psychodrame ou de squelettes faisant le ménage sur la bande son de Mulholland Drive, de Pierre et le loup, de Debussy ou la mélodie envoutante de Kate Bush.

Les références de Pierre Huyghe sont ancrées dans la réalité temporelle, historique et violente des quadragénaires dont la mémoire garde des morceaux du procès des terroristes d’Action Directe, du couronnement de l’empereur Bokassa, de récits d’immigrés et des images d’E.T à la recherche d’un ailleurs.

Le voyage hypnotique et passionnant de « The Host and the Cloud » nous entraine au pays de l’enfance, celui où tout est encore possible, où l’imagination n’est pas limitée par le surmoi ou la pensée dominante.

Le monde du « pour de faux », « on aurait dit que » dans lequel une jeune femme interrogée sous hypnose, livre avec grâce et poésie une des clefs possibles de notre labyrinthe psychique : « Quand j’étais petite, je voulais être dans l’histoire. Je voulais que ce soit vrai quand on disait « on aurait dit que ».

Laissez-vous guider au pays de l’enfance, n’ayez pas peur de lâcher prise pour ce vol intérieur, loin du temps et de ses contraintes pour mieux écrire le scénario de votre vie et vous réapproprier vos propres images.

Un sublime petit masque lumineux, présent dans le film est visible à la galerie.

Pierre Huyghe donne corps à l’irréel et nous émeut avec des matières impalpables et sensuelles.


Extrait de « Celebration Park » de Pierre Huyghe.

« The Host and the cloud »

Jusqu’au 27 novembre 2010 à :

11h
13h05
15h10
17h15

GALERIE MARIAN GOODMAN

79 rue du Temple 75003 Paris

TEL : 01 48-04-70-52

MARIANGOODMAN.COM

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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