Cinema

O somma luce de Straub, quand le cinéma en appelle aux vivants

09 décembre 2010 | PAR Coline Crance

 « O somma luce » est le dernier film de Jean Marie Straub dont la compagne et complice Danièkle Huillet est décédé en 2006. Toutes leur vie le couple s’est toujours distingué par un cinéma expérimental engagé remarqué lors sa participation à la formation du Nouveau cinéma allemand. Leur film « Nicht Versöhnt » en 1965 adapté d’une nouvelle de Heinrich Böll « Billard um halb zehn, » divisa la critique et eut tôt fait de renouveler le cinéma allemand représenté par la suite par des grands maîtres tels que Schroeter, Fassbinder, Schlöndorff, Kluge, Wenders … Ce parfum de scandale face ce premier film qui opposait avec une ironie très brechtienne le passé et le présent de l’Allemagne, guida tout le long de leur travail le couple Straub …

 

 

 Le film O somma luce centré autour une récitation sur le dernier chant de la divine comédie de Dante est précédé auparavant de Rome l’unique objet de mon ressentiment, extrait d’Horace et d’Othon de Corneille et de Das Verhoer des Lukulus pièce radiophonique de Brecht. Univers littéraire statique, la caméra de Straub se pose lors de plans fixes et méditatifs. Comme Cézanne, l’un de ses peintres phares, Jean Marie Straub souhaite rendre «  visible l’activité organisatrice du percevoir ». Face à ces déclamations , ces longs plans fixes , ces répétitions, le spectateur est invité à non plus se contenter de reconnaître l’image décrite dans une fausse globalité mais bien à s’intéresser au processus de création. La folie de la répétition typique chez Straub amplifie ce phénomène, énerve et fascine le spectateur ainsi confronté à ce premier hermétisme.

 Ellle l’ oblige à s’ éloigner de sa compréhension première , et à faire de l’image non plus un produit matériel mais bien une construction mentale et sensitive. Les trois textes choisis malgré leurs grandes différences contextuelles contribuent à plonger le spectateur dans cette ambiance à la fois battante et tragique à l’affut de cette image qui paraît si stérile qu’elle est appelée à disparaître lors des premières minutes qui précèdent la déclamation de O somma luce… Straub soustrait à notre place les choses et les actions que notre force de perception aurait-elle même sélectionnées, et il n’a jamais complètement tord … Une expérience à tenter, une vraie réflexion sur l’image d’un cinéma jamais résigné qui tels ses trois textes a le feu du combattant et la solide volonté de l’intégrité.

 Jean Marie Straub et Danièle Huillet O somma luce, avec Giorgio Passerone, film français de 2009 , durée 1h14. Date de sortie : le 5 Janvier 2011

extrait de la filmographie de Jean Marie Straub et Danièle Huillet , texte de Marguerite Duras  » en  rachâchant »

 

Infos pratiques

These New Puritans au Centre Pompidou le 18 décembre
Rêve d’automne de Patrice Chéreau au Théâtre de la Ville
Coline Crance

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