Cinema

Mostra de Venise Ep. 4 : The Master, Mon Père va me tuer & Fill the void

02 septembre 2012 | PAR Raphael Clairefond

01 septembre 2012. A ce jour, sachez que des restes de paninis secs, de pizzas dégoulinantes de fromage et de pasta al dente flottent dans les remous de la bière Nostro Azurro qui inonde la plupart des estomacs festivaliers. Mais la vraie junk food italienne que nous n’avons pas digéré, c’est bien Mon Père va me tuer de Daniele Cipri.

Heureusement, il y avait Paul Thomas Anderson et son Master(-piece) comme ultime gardien du bon goût. Toute la presse s’est levée aux aurores pour le saluer. Pourtant, peu à la sortie ont crié au chef d’oeuvre, tant le film a quelque chose de déceptif. Retour sur les trois nouveaux films de la compet’.

Rebel without a cause

Le film du jour : The Master de Paul Thomas Anderson

The Master n’est pas le film qu’on imaginait. Après There Will be blood, grandiloquent récit de l’Amérique entre évangélisation et essor de l’industrie pétrolière, le titre de ce nouvel opus se proposait d’opérer la genèse d’une secte que tout le monde associait à la Scientologie. Finalement, le sujet ne semble intéresser Anderson qu’en tant que toile de fond bien pratique.

En fait, on ne le comprend que maintenant, mais rien ne le fascine tant que la rencontre de deux acteurs de génie : ici Joachim Phoenix et Philip Seymour Hoffman, le jeune chien fou et le vieux briscard, suivant le même schéma que la dernière fois (Daniel Day-Lewis vs. Paul Dano). Sauf que là Phoenix n’incarne rien, aucune croyance, aucun système de valeur qui remettrait en question les lubies de son maître.

Contre toute attente, The Master est donc une sorte de bromance, une histoire d’amitié, de séduction, de manipulation, de dépendance affective, et, pourquoi pas, d’amour. L’alchimie entre les deux hommes fonctionne à merveille. Phoenix, alcoolique, violent et obsédé sexuel, marqué par la guerre, porte ses traits marqués, sa bouche grimaçante et sa dégaine de rustre avec toute l’énergie dont on le sait capable. Plus magnétique que jamais, il endosse toutes les pulsions animales dont le maître cherche à débarrasser l’humanité.

Photo de famille

A ses côtés, Seymour Hoffmann, tout en rondeur, le visage rougeaud trahissant son appétit de vivre jusqu’à l’excès, s’amuse comme un petit fou dans ce rôle de gourou qui ne vit que pour séduire, convaincre, attirer l’attention et amuser sa cour. Et la musique de Johnny Greenwood, tout en percussions et violons lancinants fait de chaque scène, un nouveau rituel d’envoûtement. On imagine que, comme les autres fidèles avant lui, il cherche à apprivoiser Joaquin Phoenix, qui se place immédiatement sous sa coupe mais se révèle finalement moins docile que prévu, obligeant le maître à dévoiler ses sentiments, ses lignes de faille.

On pourra regretter que le récit ne s’ouvre pas plus, ne lâche jamais vraiment la relation vénéneuse et passionnée qui unit les deux hommes, mais quand un réalisateur filme avec autant de passion ses acteurs, leurs visages, leurs corps, tout le reste devient accessoire.

"In the desert..."

Enfin, pour être tout à fait honnête, le film ne parle pas « que » de ces deux hommes et on y trouvera, en cherchant bien, d’autres niveaux de lecture. Par exemple, le maître, comme l’Oncle Boonmee de Weerasethakul, faire revivre à ses sujets leurs vies antérieures. Il y aurait sans doute bien des choses à raconter, en partant de là, de ce petit gourou prétendant être en mesure de nous réinventer des souvenirs, un imaginaire. Il faudrait aussi le comparer au Dangerous method de Cronenberg et évidemment aux films de Kubrick (principale référence, généralement convoquée a propos d’Anderson), mais c’est une autre histoire.

 

Mon Père va me tuer de Daniele Cipri

Beautiful people

Daniel Cipri est un cinéaste reconnu pour ses films avec son compère Maresco (Toto qui vécut deux fois, notamment). Cette fois seul, il arrive en compétition officielle avec un titre programmatique inquiétant et une affiche (des visages de tout âge penchés sur nous) qui nous promet une comédie populaire pas très fine. Il suffit de vous dire qu’en fait, la famille de l’affiche contemple une petite fille morte de 8 ans pour vous donner une idée de l’obscénité du film. Surtout quand la mort de celle-ci est tout à fait gratuite, comme si le scénariste n’avait rien trouvé de mieux pour relancer son récit déjà mal embarqué. Et quand on apprend enfin que la famille en question (pauvre, croupissant dans un HLM en bord de mer et vivant du recyclage de bateaux abandonnés) décide d’acheter une Mercedes avec l’argent récolté grâce à cette mort inattendue… C’en est trop, basta cosi.

On croyait au début retrouver l’esprit des comédies familiales à l’italienne, dans lesquelles les personnages compensent la misère de leur condition par un caractère haut en couleur : joie de vivre et répliques truculentes. On s’imagine ensuite tomber dans la farce surréaliste chargée à l’humour noir, et c’est au final à une tragédie bouffonne absolument obscène que nous avons assisté. La photo, chaude et contrastée, n’a d’autre ambition que de surligner la laideur, le regard vide et la bêtise crasse de ces Bidochons transalpins, tous plus stupides les uns que les autres.

A la fin, les italiens applaudissent à tout rompre, c’est à n’y rien comprendre. Nous, on sort de la salle avec l’impression de s’être laissé souiller les yeux et l’esprit par un type qui officie pourtant en tant que chef opérateur de Marco Bellocchio pour La Belle Endormie qu’on verra plus tard…

Fill the void de Rama Burshtein

La vierge à l'enfant

Drame du (re-)mariage dans une famille de juifs orthodoxes en Israël : suite à la mort en couche de la fille ainée, laissant son mari et son bébé derrière elle, sa cadette, promise à un homme de son âge doit-elle épouser le veuf pour qu’il n’aille pas se remarier en Belgique, et filer ainsi avec le petit dernier ? Voilà ce que le film mettra 90 minutes à résoudre. Autant dire qu’on a souvent envie de trancher dans le vif du sujet à leur place en s’improvisant rabbin.

Les jeunes filles sont censées être libres de choisir leur époux, mais la pression familiale et religieuse est telle que ce qu’elles prennent pour leur libre-arbitre n’est pas très différent de ce que leurs voisines musulmanes subissent et qu’on appelle le mariage forcé. La réalisatrice, certainement consciente de cette contradiction mais incapable de la problématiser dans son scénario manque de recul et empile jusqu’à plus soif les scènes de réunions familiales, de célébrations et de palabres, autant de vignettes folkloriques sorties d’un autre temps pour qui n’appartient pas à cette frange méconnue de la judéité.

Cette question du mariage, omniprésente, est rendue à l’écran par une écoeurante photographie pleine de flous artistiques et de lumières scintillantes, donnant l’impression de flotter entre les artifices des photos de mariage et un épisode des Feux de l’amour. Si un tel parti pris esthétique trouve sa justification dans le récit, il n’en reste pas moins qu’on aurait préféré, disons, attraper une indigestion de dragées et de pièce montée plutôt que de passer deux heures devant ce film, pour rester dans la métaphore culinaire qui ouvrait ce billet.

A demain, si vous le voulez bien.

Crédit photo : © Metropolitan FilmExport

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