Cinema

Mostra de Venise Ep. 1 : une manif’ et un film russe

Mostra de Venise Ep. 1 : une manif’ et un film russe

30 août 2012 | PAR Raphael Clairefond

29 août 2012. Sous un soleil de plomb, les touristes continuent à se marcher dessus dans les ruelles labyrinthiques de la ville. Avant de se terrer dans les salles congelées à l’air conditionné du Lido, on se dit que si la sélection de cette année est aussi fournie en bonnes toiles que les murs et les plafonds du palais des Doges, il y aura de quoi vous chanter O Sole Mio. Au fait, pour une piqûre de rappel sur le programme de cette année, c’est par ici que ça se passe.

Il faut sauver le soldat Cinecitta

On débarque donc comme prévu aux abords du palais sur le Lido en bateau, comme dans Miami Vice, mais en moins vite. Michael Mann, lui, s’en fout, il est déjà dans la place. Et à ses côtés, Laetitia Casta vaut bien Eva Mendes. A l’arrivée, juste avant le défilé des robes à paillette et des costumes cintrés du jury sur le tapis rouge, on est accueilli par…une troupe brésilienne chantant et dansant frénétiquement sous une pluie de polystyrène. Un thème « do brazil » pour cette 69ème édition ? Non, simplement une manière quelque peu originale pour une poignée d’intermittents d’attirer l’attention du chaland sur Cinecitta, aux mains d’investisseurs privés et en pleine restructuration. Les mythiques studios sont sobrement représentés par un cercueil. Ambiance… C’est que la culture en Italie, avec un budget amputé de 30% (!) n’est pas du tout à la fête ces derniers temps, contrairement aux apparences. Hélas, la faible ampleur de ce qui ressemble plus à un happening qu’à une manif’ en dit long sur une bataille apparemment perdue d’avance.

Le film du jour : Betrayal de Kirill Serebrennikov

Pour plonger de plein pied dans la compétition, quoi de mieux qu’un film d’auteur russe  dont on ne sait ni n’attend strictement rien ? Réalisé par un illustre inconnu de nos services, Betrayal s’aventure à première vue sur le terrain du drame conjugal sinistre dans un milieu plutôt cadre sup’ : un homme et une femme se rapprochent en découvrant que leurs conjoints respectifs sont amants, voilà le point de départ. De la figure de l »adultère en chambre d’hôtel vide et sans âme, vue mille fois au cinéma, on peut tirer alternativement un vaudeville grivois, un mélo grandiloquent ou un thriller sulfureux. Betrayal est un peu tout cela, mais jamais en même temps, et c’est ce qui le rend à la fois bancal et captivant.

Petit à petit, le récit, parsemé de détails comiques, flirte avec le grotesque et l’absurde (la palme à cette femme flic qui déchire les aveux d’un personnage et lui demande un simple baiser en échange) sans qu’on sache jamais bien à quoi se tenir, tant certains coups de force semblent incongrus et déroutants, notamment, quand aux deux tiers du film, une ellipse est représentée par la femme trompée fuyant en forêt. Elle se change entièrement et ressort de l’autre côté : 5 ans ont passé, un nouveau mari l’attend en voiture.

A partir de là, le film se gonfle d’une certaine ambition narrative qui le déborde en une série de jeux de miroirs, d’échos et de variations autour de cette fascinante héroïne féminine, interprétée par une version slave de Jessica Chastain. Sublimée par une photographie minutieuse qui plonge cette rousse vénéneuse dans un tourbillon de feuilles d »automne, du jaune délavé au rouge sang. Icône mortifère et sensuelle qui ne déparerait pas chez Chabrol ou De Palma, elle émerge lentement mais sûrement de cette fable assez tordue et pince-sans-rire sur l’adultère. Dommage que la morale soit si convenue quand le film finit par se mordre la queue en rejouant le schéma ennui-tromperie-règlement de compte. Ah quoi bon ?

Au moins, pour l’ouverture du festival, Serebrennikov nous aura livré un puissant portrait de femme, en nous épargnant le naturalisme psychologisant qui rend ce genre de films habituellement si irritants.

 

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