Cinema

Cannes 2019 : « Mickey and The Bear » à l’ACID, voyage au cœur du Montana

Cannes 2019 : « Mickey and The Bear » à l’ACID, voyage au cœur du Montana

19 mai 2019 | PAR Julia Wahl

Pour son premier film en tant que réalisatrice, Annabelle Attanasio nous entraîne dans un Montana féroce et misérable, où les bouteilles de bière jonchent les chambres des enfants et où les blessures intimes rejoignent les traumatismes nationaux. Un film sélectionné à l’ACID

Elle s’appelle Mickey, passe bientôt le bac et vit seule avec son père depuis la mort de sa mère. Vétéran de la guerre d’Irak, celui-ci noie dans l’alcool une dépression qui lui fait progressivement perdre la tête. Au point de ruiner toutes les chances de bonheur de sa fille.

Ravissante avec son visage sans sourires et sa veste militaire empruntée à son père, Mickey, jouée par Camila Morrone, traverse le film avec opiniâtreté, tiraillée entre sa loyauté envers son père et son désir de fuir. Car si l’histoire se déroule dans les montagnes du Montana, on est ici loin des images idylliques des westerns des années 1950, où des héros, modèles de droiture, se battent devant de superbes sommets enneigés. Au contraire, comme chez Ken Loach, la caméra reste toujours à hauteur d’homme. Attanasio se libère ainsi du cliché des grands espaces américains et de la poétique de la nature pour nous présenter un Montana pauvre et dévasté, où la vie est dure et la gâchette facile. James Badge Dale, terrifiant dans le rôle du père, évoque davantage Edward Norton dans American History X qu’Errol Flynn. 

Car l’ours du titre, c’est bien sûr lui, ce père difficile à vivre, mais impossible à quitter. Métaphoriquement, il proposera d’ailleurs au nouvel amant de sa fille d’aller à la chasse à l’ours. Une expédition longue et difficile, qui s’achèvera par une séparation.

Si les acteurs, notamment Camila Morrone et Calvin Demba, qui joue le petit ami de Mickey, sont très justes dans leur gravité sombre, le film peine à trouver son identité. Il reste malheureusement très attendu, empruntant de façon peu inventive les codes du film social anglo-saxon, avec ses personnages bourrus, ses assistantes sociales bienveillantes et un traitement de la lumière qui entend être à l’image de la fadeur des vies qui nous sont présentées.

Reconnaissons toutefois à ce film que, s’il ne sort pas des sentiers battus, il prend le spectateur et parvient à l’émouvoir. Annabelle Attanasio nous livre ici son premier film comme réalisatrice et montre une vraie aptitude à diriger des acteurs.

Visuel : ACID

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Julia Wahl

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