Cinema

Mère en sursis

25 septembre 2009 | PAR Yaël Hirsch

A partir d’un fait divers rapporté par Emmanuel Carrère dans L’Evènement du jeudi en 1992, et reprenant un projet que Jacques Audiard devait porter à l’écran, les Miller père et fils filment l’amour meurtrier d’un jeune homme pour sa mère absente. « Je suis heureux que ma mère soit vivante » est un huis clos digne de Mauriac, la spiritualité en moins…

Sortie le 30 septembre.

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Thomas a quatre ans lorsque sa mère l’abandonne avec son petit frère, faute de moyens nécessaires pour les élever. Un couple aimant adopte les deux garçons, mais rien ni personne ne peut faire oublier à Thomas sa mère. Lorsqu’il sonne à sa porte, il a vingt ans, un travail dans un garage, et il passe beaucoup de temps avec elle et son tout jeune demi-frère. Mais la douleur et le ressentiment le poussent un jour à l’attaquer et à la blesser mortellement.

Sur une idée du producteur, Jean-Louis Livi, et parce que Jacques Audiard était trop occupé par d’autres projets, Claude Miller a confié la première caméra à son fils, Nathan, qui avait notamment participé au tournage d’ « Un Secret ». Sans souci de retracer la « vérité historique », et pour éviter les liens de causalité entre enfance malheureuse et devenir assassin, le tandem Miller minimise les flash backs et les filme en plan fixe.

Un érotisme larvé entre mère et fils vient encore compliquer leurs relations. Dans le rôle du fils, Vincent Rottiers est hypnotisant et, en face, Sophie Cattani est à la fois touchante et sensuelle en mère un peu paumée.

Malgré la force du sujet, la liste impressionnante de grands noms du cinéma Français qui se sont penchés sur le fait divers, le talent de tous les acteurs, et les efforts de pudeur des réalisateurs, le film ne touche pas. Les ellipses et les non-dits ne donnent pas envie d’imaginer plus que le quotidien triste d’êtres humains qui réagissent finalement comme des bêtes, mais sans aucune dimension monstrueuse ou mythique. Ca s’est passé, et c’est passé, mais cela ne dévoile rien des méandres de l’esprit humain, ni sur la complexité de l’amour filial.

A force de s’inspirer de David Fincher et de Martin Scorcese, Nathan Miller a peut-être oublié qu’il existe en France une longue tradition cinématographique de traitement génial du fait divers, de Chabrol pour l’atmosphère glauque ,à Téchiné qui évite les liens de causalités socio-politiques dans « La fille du RER », en passant par Duras pour l’usage du plan fixe, et Louis Malle pour les personnages « indignes ».

« Je suis heureux que ma mère soit vivante », de Nathan et Claude Miller, avec Sophie Cattani, Vincent Rottiers, Christine Citti, et Yves Verhoeven, 1h30, sortie le 30 septembre 2009.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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