Cinema
Marion Hänsel et Chantal Akerman : un focus Belge au Festival Paris Cinema

Marion Hänsel et Chantal Akerman : un focus Belge au Festival Paris Cinema

03 juillet 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le mardi 2 juillet, la onzième édition du Festival Paris Cinéma continuait de battre son plein dans sept salles de la Capitale. Au MK2 Bibliothèque, point de ralliement de l’affaire, il était possible de plonger dans le passé pas si lointain pour découvrir ou redécouvrir deux films, programmés dans le cadre Made in Belgique, thème de l’édition : Les noces barbares et Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles

9 (1)Tandis que Natacha Regnier entamait une Master Class au Grand Action, Les noces barbares de Marion Hänsel étaient déjà consommées. Tourné en 1987 et en 35mm, le film n’a pas pris un ride.  Marion Hänsel, présente, raconte : « Je peux vivre sans cinéma, mais je ne peux pas vivre sans lecture ». L’aveu est étonnant de la part de la cinéaste qui finit actuellement le tournage de son douzième film, La tendresse. C’est suite à une critique parue dans le Monde qu’elle a eu envie de réaliser un film à partir du livre, pas encore prix Goncourt, de  Yann Queffélec.

Marion Hänsel offre une adaptation non-linéaire du roman, trop dense pour que cela soit envisageable.

On y rencontre Ludovic (Thierry Fremont), un jeune adulte se comportant comme un Robinson. Il semble habiter une épave et ne vivre que pour la mer. L’allégorie parait simple, elle devient vite étouffante. Il est le fils d’un viol, sa mère, (si belle Marianne Basler) ne voit en lui que « les trois saloperies », trois soldats américains, qui ont commis le crime.  La fille est une ado, Ludo est caché dans le grenier de ses grands-parents sans amour ni soutien, dans la plus vile des maltraitances.  Le temps ne fait qu’aggraver les choses, la haine de la mère pour son fils ne fait que grandir, elle l’exclut, le place en « maison de fous ». Lui dont on ne voit que les cheveux roux et les  yeux brillants est considéré comme un débile léger. Lui ne veut qu’une chose : gagner l’amour de sa mère dont il peint le visage, inlassablement, sur les murs de ses chambres : elle est un visage effrayant, cheveux rouge hirsutes, les yeux barrés d’une main noire comme munie de griffes. Elle est représentée dans son agression.

Marion Hänsel livre un film dont on ne peut pas détacher le regard. Elle vient gratter au plus profond de l’humain pour une proposition noire et dramatique. La trame se situe dans une France archaïque où les malades psychiatriques sont infantilisés et les secrets de famille bien gardés.

Thierry Fremont n’est pas encore un comédien célèbre et il explose l’écran en gosse attachant n’ayant que la violence pour se faire entendre. Un chef d’œuvre qu’il est tout à fait possible de revoir en DVD, il a été édité par Lancaster en 2005.

tumblr_m7yfyxrzjS1qcf24lo1_1280A peine 10 minutes de pause nous séparent du second film, plus léger que le premier. Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles est un téléfilm commandé par La Sept/Arte en 1994 pour le Théma Tous les garçons et les filles de leur âge. Le volet Belge a été confié à Chantal Akerman.

On y rencontre Michèle, une ado un peu rebelle en ce mois d’avril 1968. Elle sèche les cours pour aller au cinéma et rejoint ses copines le soir pour aller embrasser des garçons dans des cafés. Un jour, elle rencontre Paul, un déserteur. Le temps d’une journée, c’est un coup de foudre. Eux sont en 1968 mais le monde autour est en 1994. Les voitures, les vêtements viennent contraster avec leur façon de parler et leur attitude.

L’idée est géniale. Akerman joue la dissonance pour dire que les adolescents sont permanents. Ils  parlent comme dans Le Mépris, lisent Sartre, ils écoutent Suzanne de Léonard Cohen qui sorti en 1967. Eux sont  dans leur bulle, bien à l’écart du monde qui grouille et parle mal.

L’intérêt majeur est bien sûr d’accéder à un film très peu montré, issu d’une série mythique qui aura vu le premier jet des Roseaux Sauvages de Techiné. Chantal Akerman fait glisser sa version de l’écume des jours sur les surprises parties, sous fond de Noir c’est noir de Johnny.

Un petit bijou, tendre et drôle, un temps des copains et de l’aventure montré juste avant que le joli mois de mai viennent exploser les uniformes. En moins d’une heure, Chantal Akerman arrive à capter tous les tourments adolescents de cette génération. Brillant mais malheureusement extrêmement difficile à trouver.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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