Cinema
Lullaby to my father : Amos Gitaï rend hommage à son père, entre berceuse et documentaire

Lullaby to my father : Amos Gitaï rend hommage à son père, entre berceuse et documentaire

15 janvier 2013 | PAR Yaël Hirsch

Alors que son derniers film n’est sorti qu’à la télévision (sur arte, voir notre article), Amos Gitaï est de retour sur grand écran avec un documentaire mi-intime, mi artistique qui renoue avec ses premières œuvres. « Lullaby to my father » est un geste d’amour, à la fois filial, paternel et cinématographique. En salles le 16 janvier 2013.

Munio, le père d’Amos Gitaï, a quitté sa Silésie (Pologne) natale pour aller étudier à Berlin, puis à Dessau, l’architecture au fameux Bauhaus où il côtoie Walter Gropius, Vassily Kandinsky et Paul Klee. Quand els autorités nazies ferment l’école en 1933, Munio est emprisonné, puis il se réfugie à Bâle et opère la traversée vers Irsaël où il emmène avec lui les principes du Bauhaus.

Ouvrant et fermant le film par des cadres de photos à l’élégance parfaite, à travers un mélange d’ interviews d’anciens camarades, comme ses propres enfants du réalisateur et donc petits-enfants du héros du film), de documents mis en scène et de saynètes entre fiction et reconstitution où la Yaël Abecassis joue les muses, Amos Gitaï rend un hommage expressionniste et vibrant à son père. Ce faisant, il met également en scène la rencontre entre l’architecture et le cinéma et fait son propre autoportrait de profil. Dans sa manière de tourner un documentaire, Gitaï renoue avec l’esthétique bouleversante de son film de fin d’étude « Berlin-Jerusalem » sur les deux belles figures d’exilées Else lasker-Schüler et Mania Shohat. Mais l’on sent également l’âge de la maturité venu, dans un film où Gitaï prend plaisir à mettre ses enfants sous les feux des projecteurs et où la moindre voix off est opérée par un tout grand du 7e art (Jeanne Moreau, Samuel Fuller, Hanna Schygulla). « Lullaby to my father » est un film lent et élégant, où l’on s’imprègne petit à petit de l’architecture du Bauhaus telle qu’elle a été transbahutée dans ses valises par un artiste et artisan émigré. Un moment à la fois beau et profond, qu’il faut déguster avec patience et attention.

« Lullaby to my father », de Amos Gitaï, avec Yael Abecassis, Theo Ballmer, Keren Gitaï, Jeanne Moreau et Hanna Schygulla, Israël/France/Suisse, 2012, 82 min. Sortie le 16 janvier 2013.

Pour une lecture du film comme installation, c’est ici.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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