Cinema

Love and bruises, lancinant et agaçant

10 novembre 2011 | PAR Margot Boutges

Une chinoise, venue à Paris pour rejoindre son amant, se fait plaquer devant les Halles. Errant dans les rues du XVIIIe arrondissement, elle se fait assommer par un jeune ouvrier français. Cet accident n’est que le premier coup d’une longue série. Entre Hua et Mathieu, tout sera affaire d’« amour et d’ecchymoses » (Love and bruises).

Lou Ye, réalisateur d’Une jeunesse chinoise (2006) et de Nuits d’ivresse printanière (2009), censuré en Chine pour ses films politiques et sexuels, continue d’explorer les étreintes passionnées en installant sa caméra en France. Il raconte ici l’histoire de deux êtres dont l’attraction des corps est plus forte que les heurts. Lui est un délinquant violent, machiste et irrécupérable. Elle est beaucoup plus ambiguë. On la croit d’abord immigrée égarée, elle est en fait une étudiante bien insérée, qui côtoie aussi bien les bas-fonds que les cercles intellectuels. Le film déroule le fil de ses liaisons amoureuses. Hua se laisse frapper, baiser et aimer avec la même passivité. Elle n’en est pas moins le moteur (enrayé) de ses relations, fuyant et réapparaissant pour le prix d’un billet d’avion.

Lui représente une France ouvrière piégée dans la misère. Elle incarne, en expatriée éduquée cherchant à l’étranger la liberté sexuelle, l’opposition face à une Chine conservatrice. Serait-elle le miroir du réalisateur, parti chercher en France ce que son pays lui refusait ?

Dans ce qui aurait pu être une intéressante peinture sociale, l’ennui ne tarde pas à poindre. Les scènes de sexe et de beignes se multiplient et se superposent. La débauche lancinante que livrent ces personnages (pourtant magnifiquement interprétés par Tahar Rahim et Corinne Yam) a tôt-fait de désintéresser le spectateur. Le mépris que Mathieu témoigne aux femmes et l’opportunisme d’Hua vis-à-vis des hommes agacent. « On est trop différents » déclare-t-elle. Pas tant que ça puisqu’ils sont tous les deux antipathiques.

Love and bruises, film de Lou Ye, avec Corinne Yam et Tahar Rahim, France, 2011, 1h45

Sorti le 2 novembre

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