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[Live report] « Microphone » : une plongée dans l’underground d’Alexandrie ouvre le 9ème Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen Orient

[Live report] « Microphone » : une plongée dans l’underground d’Alexandrie ouvre le 9ème Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen Orient

30 avril 2014 | PAR Yaël Hirsch

L’ouverture du 9ème Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen Orient a eu lieu hier soir à l’Ecran de Saint-Denis, ville fondatrice d’un festival qui rayonne vers l’Entrepôt (Paris 15), Le studio (Aubervilliers), le Trianon (Romainville) et, cette année, le Louxor (Paris 10). Le film choisi pour l’ouverture, Microphone du jeune réalisateur égyptien Ahmad Abdallah, était à la fois un hommage vibrant à la création musicale et une plongée dans les milieux underground d’Alexandrie, un an avant la révolution de 2011.

En présence de Jack Lang, l’équipe du Panorama a présenté avec enthousiasme et simplicité la riche programmation de cette édition 2014, qui compte 40 films, plus de 30 séances en présence des équipes, et 22 réalisatrices pour 26 réalisateurs. Rayonnante, la chargée de programmation, Samia Saïghi a parlé avec recul de cette présence quasi paritaire des femmes, tandis que la directrice artistique, Emma Raguin rappelait que le festival, ce sont aussi des rencontres professionnelles et un grand concert de HK et les déserteurs, sur le parvis de la basilique, samedi 10 mai.

Après un joli film de présentation de l’ensemble de cette 9ème édition où travellings dans le désert et portraits se mêlent avec poésie, c’est de plein pied que le public est entré dans Microphone d’Ahmad Abdallah. Tanit d’or aux Journées cinématographiques de Carthage, meilleur film arabe au festival du Caire et Meilleure fiction au festival de Dubaï, cette oeuvre rebelle et accomplie datant de 2010 semble prémonitoire des événements qui ont bouleversé le pays en 2011.

Après avoir vécu 7 ans aux Etats-Unis, Khaled (Khaled Abou El Naga) retourne à Alexandrie, où il doit faire face à la fois à la mort de sa mère, au mutisme de son père endeuillé et à un chagrin d’amour, puisque la femme de sa vie qu’il comptait retrouver au pays part faire un doctorat en Angleterre. Son meilleur ami lui trouve un travail auprès d’une organisation culturelle, ce qui entraîne Khaled à rencontrer toute la scène artistique underground d’Alexandrie.

Guidé par un jeune skateur, Yacine, et deux étudiants en train de filmer sur le mode réaliste cette scène vibrante, il découvre une tribu de grapheurs talentueux et surtout une scène musicale de l’ombre, très diverse (elle va du hip hop à la chanson plus traditionnelle en passant par le rock), hyper-talentueuse et surtout très brimée. En effet, sous ses airs bonhommes, le responsable du bureau national sensé aider les jeunes artistes à se produire censure avec une extrême sévérité tout mot déplacé ou en anglais. Et investir la rue ou les bars est exclu, la police faisant souvent des embardées musclées. Malgré tout, Khaled se lance à corps perdu dans l’organisation d’un concert qui réunirait le fleuron de cette musique et cette création d’Alexandrie.

Laissant la place d’honneur à une musique qu’on ne peut qu’adorer, filmant Alexandrie sous toutes les coutures et avec un amour infini, Ahmad Abdallah livre un film au message politique d’autant plus efficace que la forme est elle-même inventive : ellipses et montage dynamique pimentent les 2 heures de musique et certains plans plus planants ou poétiques permettent de s’attacher aux personnages. Jamais linéaire, jouant du flashback pour ouvrir la narration et proposant une vraie leçon sur la manière de filmer la musique en temps réel, Microphone peint à la fois la richesse et les blocages politiques insurmontables de la jeunesse d’Alexandrie en 2010.

Microphone, d’Ahmad Abdallah, avec Khaled Abou El Naga, hany Adel, Yousra El Lozy, Egypte, 2010, 1h55.

visuel : photo (c) Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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