Cinema

« L’image qu’on s’en fait » de Seb Coupy : un documentaire brillant où les panneaux autoroutiers sont points d’ancrage

« L’image qu’on s’en fait » de Seb Coupy : un documentaire brillant où les panneaux autoroutiers sont points d’ancrage

05 avril 2019 | PAR Yaël Hirsch

A 19h15, ce vendredi 5 avril 2019, la Scam (5 avenue Velasquez 75008) projette le film lauréat de la bourse « Brouillon d’un rêve » : L’image qu’on s’en fait. Une documentaire à l’image et au son très maîtrisé qui part des panneaux bruns signalants les « lieux de mémoires » et de visite de notre patrimoines sur les autoroutes. Un road-movie à la Depardon qui en dit long sur la diversité de la France. 

Vous visualisez les grands panneaux marrons un peu griffés seventies qui nous signalent depuis l’autoroute la proximité d’un « lieu de mémoire français », que ce soit le Camembert,  la Baie des anges ou Alésia ? Seb Coupy à l’image, Bertrand Larrieu au son et Bertrand Latouche à l’étalonnage nous emmènent sur les routes de France, à travers toutes ses régions traversées par l’autoroute et suivent l’indication du panneau : entrer dans les terres pour aller découvrir un trésor. Et interroger des locaux sur leur rapport au panneau (inénarrables moment de commentaires sur la stylisation naïve et le brun moche au au contraire séquences de nostalgie) et au lieu vers lequel ils pointe : anciens, politiques impliqués dans la valorisation de terroirs, petits jeunes porteurs d’un savoir historique local où nouveaux et nouvelles venues commentent et guident la visite. 

L’image, elle est forte : alternant les longilignes séquences de conduites vues de l’extérieur, de manière moderne, industrielle, léchée, le zoom sur le panneau et les cadrages en gros plans d’interlocuteurs divers et saisis dans quelque chose d’essentiel. En faisant commenter, en transmuant leurs interlocuteurs en dépositaires d’un savoir, de par leur vécu et leur ancrage (même récent) dans un lieu, le film délivre par un biais très efficace une série de portraits qui poursuit avec brio l’art d’un Raymond Depardon. Sous couvert de parler du tunnel de la Manche, on parle aussi forcément de Calais et des migrants, quand on fait parler des « racailles » de patelins limitrophes de petites villes, quand on nous explique qu’on n’apprend plus « nos ancêtres les gaulois » à l’école  ou quand des ouvriers d’usines en train de fermer s’expriment, le politique est forcément là. Mais jamais tout à fait noir, jamais tout à fait sombre puisque l’on se penche, s’intéresse et qu’on en parle. Le son, cocon enveloppant, fait la part belle au trajet sur la route, aux bruits des foules et met parfaitement en avant la voix qui parle quand elle s’élève. Par les yeux et les oreilles, on saisit chaque fois un morceau de France, avant de se pencher sur ce que chaque sujet a à dire. Un beau mélange, une mosaïque rangée mais sans  excès et  magnifiée avec amour et grâce. 

« L’image qu’on s’en fait » de Seb Coupy, son : Bertrand Larrieu, étalonnage : Bertrand Latouche, 75 min. Une production LES FILMS DU TAMBOUR DE SOIE coproduit par LYON CAPITAL TV et BIP TV. 

visuel : affiche du film

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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