Cinema
[L’Étrange Festival] « The Dark Bellow » : un film qui ne manque pas d’air

[L’Étrange Festival] « The Dark Bellow » : un film qui ne manque pas d’air

10 septembre 2015 | PAR Willy Orr

Rachel est piégée par l’homme qu’elle aime. Après l’avoir droguée, il la lance dans un lac gelé en combinaison de plongée. La jeune femme va tout faire pour survivre.

[rating=2]

Film de Douglas Schulze, sélectionné en compétition internationale, The Dark Bellow est un film à l’ambition courageuse. Véritable exutoire pour son réalisateur, qui a lui-même vécu enfant le traumatisme de passer à travers la glace et de s’y perdre, The Dark Bellow compose avec une mise en scène essayant d’épouser au mieux les sensations de la principale protagoniste.

Le manque d’air et l’eau glacée provoquent un ralentissement de la perception, ainsi qu’une altération du l’ouïe similaire à un choc auditif suite à une explosion. L’effet tympans vrillés met presque toute l’ambiance du film en sourdine, « le pire des cris est le silence » pouvons-nous lire comme introduction au film.

L’idée était bonne et le résultat aurait pu être tout bonnement bluffant, si Schulze n’avait pas eu la complaisance de rajouter une omniprésente musique, faisant passer certaines scènes pour des clips musicaux outrageusement contemplatifs. Son objectif même, la petite révolution interne du cinéaste, était justement de démonter le schéma classique du dialogue, de donner toute sa place au silence. Or action + musique, et action + silence, ce n’est pas du tout la même chose.

Ce dernier est malheureusement très peu sensible, comme si le réalisateur avait eu peur de construire son film avec cette idée de mise en scène pourtant brillante. La musique, si elle fonctionne par moments il faut l’avouer, rend malheureusement grotesque une bonne partie des scènes à enjeux, notamment le dernier acte du film. Les plans se déroulent lentement, c’est bien ; accompagner ce déroulement d’une musique maladroite : voilà l’erreur.

Autre gaffe esthétique, quelques plans symboliques aussi lourds qu’une bouteille de plongée. Rachel, les doigts gelés par une plongée longue durée, se voit sectionner l’annulaire gauche ; elle qui est la victime de son mari. Le film compte pas moins de trois plans (en 1h10, précisons-le) insistants sur la main mutilée, comme pour nous dire « Vous avez vu, c’est l’annulaire gauche !!! Celui de l’alliance !!! Il n’est plus là ! Le couple est brisé !!! ». Merci oui.

Il est vrai que sacrifier tout dialogue rend beaucoup plus difficile la transmission d’informations au le spectateur, et le film arrive presque durant toute son intégralité à le faire subtilement. Dommage donc que quelques lourdeurs, ajoutées à une musique pesante venant inutilement renforcer la lente ambiance du film, le condamnent à rester moyen.

Un vrai acte manqué en somme, et une déception qui nous laisse tout penauds, car nous aurions voulu y adhérer, à cette ambiance pourtant si travaillée. Peut-être, nous l’espérons, saura-t-elle séduire d’autres spectateurs.

THE DARK BELOW 2015. Couleur. 75 mn. Sonore. Réalisation : Douglas Schulze.Production : Deep Wait Productions.Scénario : Douglas Schulze, Jonathan D’Ambrosio.Avec : Veronica Cartwright, Lauren Mae Shafer, David G.B. Brown.Pays : États-Unis.Genre : Thriller. Première européenne.Compétition internationale.Film interdit aux moins de 16 ans.

Le programme complet de L’Etrange Festival se consulte par ici.

Visuel : (c)

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Willy Orr

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