Cinema
Les travaux furieux et seventies de Fred Halsted, à l’Étrange Festival 2021

Les travaux furieux et seventies de Fred Halsted, à l’Étrange Festival 2021

30 septembre 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

La fenêtre offerte sur l’œuvre de ce pionnier du porno gay Fred Halsted, mort en 1989, a permis de redécouvrir des films gardant, pour certains, leur puissance provocatrice.

Le Los Angeles gay underground du milieu des années 70, sans détour. Tel était le programme de la séance composée des deux films L.A. plays itself et Sextool, datant respectivement de 1972 et 1975, et donc montrés à l’Étrange Festival en 2021. Montrés en duo à deux reprises : leur deuxième projection ayant constitué la toute dernière séance de cette édition 2021 du Festival, parallèle à la projection de clôture, quelques spectateurs curieux et pour certains pas encore connaisseurs de l’artiste ont choisi de découvrir ses travaux.

On a pu trouver au final L.A. plays itself – décrit comme l’acte inaugural de l' »art Halsted », admiré notamment par Gaspar Noé, et d’une durée d’environ cinquante minutes – assez daté et plutôt ennuyeux. Relevant vraiment du porno, au niveau de sa forme, il fait alterner ses nombreuses scènes de sexe extrêmement frontales et directes avec des vues d’un Los Angeles peu reluisant, ou d’une nature encore pure, tout au début : autant de visions sensées faire passer un point de vue existentiel, et parfois social. Même si on lit que L.A. plays itself est l’un des seuls films pornographiques à avoir été intégrés dans la Collection Permanente du Museum Of Modern Art, à New York, on est en droit de trouver sa forme et sa démarche un peu trop simples et en surface.

Surprise, dès lors : Sextool, présenté ensuite, s’avère bien plus convaincant. Armé d’une durée tournant autour d’une heure, avec une ébauche d’histoire pour soutenir sa forme, il démarre davantage au quart de tour côté séquences de sexe un peu violent, et n’hésite pas à faire durer de tels passages. Sa bande originale composée de musique proche du bruitisme par certains côtés s’accorde bien avec ses scènes sexuelles. Les ingrédients composant ce film – relevant vraiment du porno, lui aussi – lui confèrent au final, globalement, un côté très curieux, frappant, jusqu’au-boutiste, et provocateur par son absence de limite et son refus de suivre une trame. Un aspect explosé, et explosif en soi.

Un rendez-vous intéressant, donc, offert en 2021 par l’Étrange Festival et les salles de projection du Forum des images, à Paris, avec la filmographie d’un réalisateur underground juste remarqué entre le milieu et la fin des années 70, et finalement mort par suicide.

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Visuel : L.A. plays itself © MoMA

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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