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Les Révoltés de l’île du Diable nous fait sombrer

Les Révoltés de l’île du Diable nous fait sombrer

13 octobre 2011 | PAR Liane Masson

Quatrième film du réalisateur norvégien Marius Holst, Les Révoltés de l’île du Diable nous ramène au début du XXe siècle et nous plonge dans le quotidien difficile d’une maison de redressement pour enfants et adolescents située sur l’île de Bastøy. Inspiré d’une histoire vraie, ce film sombre touche d’abord par la découverte de son sujet poignant, mais finalement déçoit par un traitement trop pathétique et une mise en scène aux effets redondants. Sortie le 23 novembre.


Le film s’ouvre sur une scène tragique où l’on assiste à la mort d’une baleine en pleine mer, tuée à coups de harpon. Le ton est donné d’emblée. La beauté de la nature brute, la violence de la mer houleuse et glacée, la sauvagerie et la froideur de cette scène se retrouvent dans tout le film, qui quitte rapidement l’univers maritime pour nous ramener sur la terre ferme. Nous sommes au coeur de l’hiver 1915. Le jeune Erling débarque sur l’île de Bastøy, territoire isolé et presque vierge, où l’Etat a installé un camp de redressement pour jeunes garçons délinquants. « Ici le passé et l’avenir n’existent pas. Seul le présent compte. »  s’entend dire Erling à son arrivée. Il se voit obligé de quitter ses vêtements pour un sobre uniforme de travail et perd son nom propre, désormais remplacé par le matricule C19. Dans ce pensionnat terne et glacial règne une discipline de fer qui dérive souvent jusqu’à un autoritarisme tyrannique. En plus d’éprouvants travaux forcés, des supplices terribles sont régulièrement infligés aux jeunes au moindre écart de leur part : inspections sanitaires humiliantes, coups de fouets, emprisonnement, viols. Refusant la soumission, Erling se rebelle et pousse ses camarades à se révolter à ses côtés.

Le film met en scène l’intégration compliquée de l’adolescent dans cette maison infernale et montre les liens forts qu’il tisse peu à peu avec certains de ses frères de galère. Le récit insiste sur les relations perverses existant entre les pensionnaires et leurs maîtres et sur l’inhumanité des traitements subis par les jeunes garçons. Les habituelles scènes de dortoir et de réfectoire, récurrentes, ponctuent l’ensemble du film. Marius Holst s’attarde également sur les  scènes d’extérieur. Il se plaît à filmer la nature sauvage de l’île avec un certain romantisme. L’atmosphère grise de l’hiver et de la nuit se ressent dans la plupart des scènes. Les teintes monochromes du film, où domine le noir et le blanc, sont à l’image de la froideur de l’âme qui entoure les personnage. Malheureusement, la forêt sombre, les terres gelées, la mer dangereuse et immense sont filmées avec une volonté de contemplation qui nous a semblé trop appuyée. Les paysages sont en effet magnifiques mais il est regrettable qu’ils soient dépeints avec si peu de subtilité et d’originalité. D’une façon générale, les plans soulignent grossièrement les choses plutôt que de les magnifier. L’utilisation de la musique va dans le même sens, avec le son de ces violons classiques qui s’élève trop souvent et surligne lourdement les émotions. C’est à force d’écueils comme ceux-là, que Les révoltés de l’île du Diable, film au sujet pourtant poignant, finit par nous lasser, voire nous agacer. Ce qui était beau et/ou touchant au départ devient rapidement pompeux. Et les effets de style grossiers (ralentis, cris muets, etc.) n’arrangent rien. Dommage. Du coup, ce scénario, pourtant inspiré d’une histoire vraie et nourri de recherches documentaires sur l’Institution de Bastøy, perd en crédibilité. Reste le talent des acteurs, qui mérite d’être salué, d’autant que la plupart des jeunes garçons incarnant les pensionnaires sont des non-professionnels et tiennent ici leur premier rôle au cinéma.

 

 

Les Révoltés de l’île du Diable (01h55min), réalisé par Marius Holst. Avec Stellan Skarsgard, Mikael Persbrandt, Kristoffer Joner.
Date de sortie au cinéma : 23 novembre 2011

 

Sources visuelles : Les films du Losange

Killer Elite, une belle occasion ratée
« Des-engagements », quand la danse se numérise
Liane Masson

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