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Les Hauts de Hurlevent de Andrea Arnold, une adaptation inégale du chef-d’œuvre d’Emily Brontë

Les Hauts de Hurlevent de Andrea Arnold, une adaptation inégale du chef-d’œuvre d’Emily Brontë

29 octobre 2012 | PAR La Rédaction

Andrea Arnold nous livre une adaptation très personnelle du grand classique de la littérature anglaise du XIXème siècle. Un bel objet cinématographique desservi par la faiblesse de sa dramaturgie.

Mr Earnshaw vit seul avec son fils Hindley et sa fille Catherine dans une ferme isolée des landes anglaises. De retour d’un voyage d’affaires à Liverpool, il ramène un enfant abandonné qu’il décide d’élever comme son fils, Heathcliff. Le jeune homme devient l’objet de la jalousie violente de son frère adoptif. Il survit néanmoins aux multiples vexations qui lui sont infligées grâce à Catherine qui parvient petit à petit à l’apprivoiser. Leur amitié fraternelle ne tarde pas à se transformer en amour passionnel. Tout change pourtant à la mort de Mr Ernshaw. Si Heathcliff est rabaissé au rang de domestique par Hindley, promu propriétaire des lieux, Catherine commence son ascension sociale en se rapprochant du fils des voisins, Edgar Hilton. La décision de Catherine d’épouser ce dernier plonge Heathcliff dans une passion insoluble et obsessionnelle et précipite le destin des deux inséparables amis d’enfance.

Plutôt que de suivre fidèlement l’histoire des Hauts de Hurlevent qui s’étend sur deux générations, Andrea Arnold limite sa narration à la première partie du livre et recentre son propos autour du couple formé par Catherine Ernshaw et Heathcliff. Un choix audacieux et intelligent qui aurait dû permettre au film de conserver une unité d’action et lui éviter de se perdre dans les méandres des quarante années constituant la trame originale du livre. La réalisatrice a également eu l’idée lumineuse d’épouser le point de vue d’Heathcliff, permettant au film de révéler toute l’ambiguïté de ce personnage qui continue d’intriguer les lecteurs, cent soixante-cinq ans après la parution de l’ouvrage d’Emily Brontë.

Parfaitement menée, la première partie du film est un bijou. Les dialogues se font rares, la réalisatrice préférant suggérer l’idylle naissante en capturant, comme à la dérobée, les échanges muets des héros. Toute en retenue, la performance des acteurs incarnant Catherine et Heathcliff enfants, Shannon Beer et Solomon Glave, est criante d’authenticité. La narration, entrecoupée de plans rapprochés de la faune des landes, et de grands panoramas saisis sous tous les soleils, se déroule, suivant avec lenteur le rythme calme des saisons. Elevant le paysage au rang de personnage, le film d’Andrea Arnold est d’une rare beauté plastique. Les grandes étendues désertiques sont particulièrement bien mises en valeur, permettant au spectateur d’apprécier la violence du climat et l’aridité de ces terres sauvages, comme de deviner la manière dont cet environnement est susceptible d’influencer le caractère de ses habitants. Cette mise en image de l’atmosphère crépusculaire du roman de Emily Brontë est sans doute la plus grande réussite du film.

Malheureusement, la seconde partie du film ne répond pas aux promesses de la première. C’est presque terme à terme que les deux séquences, séparées par une ellipse temporelle grossièrement marquée, viennent s’opposer. A l’atmosphère envoutante et sauvage des Hauts de Hurlevent répond le calme luxueux des jardins à l’anglaise de Thrushcross Grange, la maison des Hindley où les événements se déroulent presque exclusivement. Au jeu épuré des enfants font écho les échanges trop verbeux des acteurs qui ont pris leur place. Si James Howson incarne avec grâce Heathcliff devenu jeune homme, la performance de Kaya Scodelario dans les scènes les plus cruciales est un peu décevante.

La langueur du rythme, au départ séduisante finit par lasser. La récurrence à la nature devient redondante et l’adaptation s’enlise progressivement dans un parti pris trop esthétisant. A trop vouloir tendre vers le film d’ambiance, Andrea Arnold finit par bâcler la dramaturgie, en traitant à égalité des événements d’importances disparates. Malgré sa qualité d’image, le film tombe donc à côté. Preuve s’il en est, que les livres des sœurs Brontë, complexes et rigoureux, peuplés de personnages insaisissables, résistent encore à la transposition cinématographique.

Scénario et réalisation de Andrea Arnold, avec Kaya Scodelario, James Howson, Solomon Glave et Shannon Beer, production anglaise, 2h08,  sortie le 5 décembre 2012. Sélectionné au festival de Venise.

Aïnhoa Jean-Calmettes.

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