Cinema
Les Enfants du Paradis, une histoire de résistance

Les Enfants du Paradis, une histoire de résistance

30 août 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam


Le 24 octobre, Les Enfants du Paradis, le chef-d’œuvre de Marcel Carné sortira en salles, DVD et pour la première fois en Blu-ray après une restauration en 4K, ce qui est inédit pour un film français en noir et blanc. Une exposition se tiendra également à la Cinémathèque, l’occasion pour un large public d’ avoir enfin accès aux dialogues de Prévert, aux jeux d’Arletty et de Jean-Louis Barrault autrement que dans de trop rares et trop tardives rediffusions télévisuelles.

Que signifie voir Les enfants du Paradis aujourd’hui ? L’une des réponses serait peut-être de s’interroger sur un double miracle : comment le film a-t-il pu être tourné ? Et, comment le film a-t-il pu arriver sur nos écrans en 2012 ? L’histoire, la petite, celle qui est racontée, viendra après pour une fois !

Avant le premier plan, on lit au générique « Dans la clandestinité ». Étrange sensation. On plonge, forcés, en l’espace de trois mots en pleine guerre. Nous sommes en 1943 en zone libre, les deux amis Carné et Prévert se promènent à Nice, ils cherchent un nouveau projet de film, ils rencontrent le mime Jean-Louis Barrault, qui leur raconte la « dramatocratie » fleurissante à Paris dans les années 1830 et insiste sur plusieurs têtes d’affiche sous Louis-Philippe : Jean-Baptiste Debureau, star du pantomime et le comédien Frédérick Lemaître. La carcasse des Enfants est née, mais en pleine collaboration, il faut braver la censure. Depuis la Loi du 6 juin 1942 « Les Juifs ne peuvent tenir un emploi artistique dans des représentations théâtrales, dans des films cinématographiques ou dans des spectacles quelconques ». Carné ne l’entend pas de cette oreille, la musique sera de Joseph Kosma (caché chez Prévert) et les décors d’Alexandre Trauner. Ils vont alors tourner à Nice dans des conditions de blockbuster : 1800 figurants, 67500 heures de travail pour le décor. Le reste tient du miracle, la pellicule est rationnée, Vichy et les Nazis interdisent de tourner de nuit. Quand la pluie s’en mêle, les décors prennent l’eau, quand la Guerre s’en mêle, au moment de la capitulation italienne, les sociétés de Paulvé sont liées à plusieurs sociétés transalpines c’est le film même qui faillit prendre l’eau. N’empêche, il est projeté à Paris, en mars 1945, recevant du public un triomphe.

Depuis 1945, pas mal de choses ont changé, et notamment la façon de faire des films. La version originale des Enfants du Paradis est en nitrate, la bande est autodégradable en quelque sorte. Pathé a, à l’aide des nouvelles technologies, numérisé et réparé le film qui présentait des moisissures sur toutes les bobines, sans exception. Jusqu’à présent, les films étaient restaurés en 2k, le 4k permet plus de finesse.

C’est donc face à une image parfaite et un son impeccable que les cinéphiles et les néophytes s’apprêteront à découvrir ou à redécouvrir Le boulevard du Crime, le boulevard du Temple si vous préférez ! Les théâtres y sont légions. On y croise Garance qui montre toute la vérité, Baptiste Debureau ( Jean-Louis Barrault) et Frédérick Lemaître( Pierre Brasseur) amoureux de la belle. Mais si « c’est simple d’aimer » dans ce « Paris » « tout petit pour deux êtres comme nous », l’affaire n’est pas simple.

La foule gouverne, elle avale avec elle, les amours désespérés. Le film n’a pas pris une ride, on déguste l’écriture de Prévert transcendé par la voix de titi d’Arletty. Tout est culte, chaque scène, chaque phrase. Ne passez pas à côté, l’occasion est trop belle de rêver.Fin de la première partie « Le boulevard du crime », nous voilà dans la seconde « l’homme blanc » : Garance tombera sous le joug d’un riche comte, Baptiste épousera par dépit Nathalie (Maria Casarès) transie d’un amour non partagé pour son mime. Ces personnages prennent place dans une fresque qui nous plonge dans le métier d’acteur au XIXe siècle, temps magique où le public faisait corps avec le plateau et où le Paradis, ces gradins du tout en haut du théâtre faisait et défaisait une réputation.

« Tournons la page… La vie continue, et, comme on dit, la roue tourne, écrasant les uns, lançant les autres dans les étoiles… »

Visuels : (c) Pathé

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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