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Léonor Serraille, lauréate du prix d’aide à la création de la Fondation Gan nous parle de son deuxième long « Un Petit frère »

Léonor Serraille, lauréate du prix d’aide à la création de la Fondation Gan nous parle de son deuxième long « Un Petit frère »

16 décembre 2020 | PAR Yaël Hirsch

Caméra d’or avec Jeune fille (lire notre chronique cannoise), Léonor Serraille est l’un des lauréats des Prix 2020 de la Fondation Gan. Son deuxième long-métrage, Un Petit frère, sera donc soutenu dans sa création par la Fondation et elle nous en parle.

En 2020, la Fondation Gan pour le cinéma a reçu 121 scénarios de premiers et deuxièmes longs-métrages. 4 d’entre eux ont été choisis par le jury de l’Aide à la Création qui était présidé par la cinéaste Raja AMARI, marraine 2020 et lauréate 2001 pour Satin Rouge. A ses côtés : Thomas AIDAN (La SEPTIÈME OBSESSION), Malika AÏT GHERBI PALMER (HIKARI MEDIA), Raphaëlle DESPLECHIN (scénariste), Etienne OLLAGNIER (JOUR2FETE et PARTY FILM SALES) et Dominique HOFF (Déléguée générale de la Fondation Gan. Les lauréats 2020 sont : Emmanuelle Devos pour son premier long-métrage On the road again, Dinara Droukarova pour son premier long-métrage Le Grand marin, Florent Gouëlou, également pour son premier long, Trois nuits par semaine, Thomas Salvador pour son deuxième La Montagne, et Léonor Serraille pour son deuxième long-métrage : Un petit frère. Le Prix d’aide à la création d’une valeur de 53 000 euros est remis au ou à la cinéaste et à son ou sa productrice. Un prix d’aide à la diffusion de 20 000 euros a également été remis à Aleem Khan et Rezo Films pour After Love.

Léonor Serraille, qui nous avait bouleversés avec Jeune femme, avec Laetitia Dosch, caméra d’or à Cannes en 2017, est donc l’un des quatre lauréats de l’aide à la création. Elle nous parle de son deuxième long-métrage, Un petit frère, qui raconte le parcours d’une femme ivoirienne qui s’installe en banlieue parisienne avec ses deux fils dans la France des années 1980, scénario choisi avec trois autres parmi 121 candidats. La réalisatrice répond à nos questions sur son deuxième long-métrage…

Depuis combien de temps portez-vous ce second long? Le trac du 2e film est-il avéré? Et que représente le soutien de la Fondation Gan dans ce contexte?

J’ai commencé l’écriture du scénario début 2018, quelques mois après la sortie de Jeune femme en salle. Je me suis centrée sur ce qui était pour moi la question du moment : la famille, comment ça nous construit, nous déconstruit. Après l’expérience intense de ce premier film, j’avais besoin qu’un sujet me parle viscéralement. Je tournais autour du pot, j’avais des envies un peu contradictoires, des envies formelles pas très intéressantes. Ma productrice m’a dit « fais le film qui te tient vraiment à cœur justement » et elle avait raison. C’est ce que j’ai fait. Bien sûr le deuxième film, c’est beaucoup de trac. C’est normal. La Fondation Gan, c’est rassurant et stimulant à la fois. C’est une marque de confiance, comme si la page de Jeune femme se tournait vraiment, on accueille un autre film très différent. Ca ne peut être que très heureux. Des films que j’aime beaucoup ont été lauréats par le passé.

Pouvez-vous nous parler du tandem que vous constituez avec votre réalisatrice chez Blue Monday, Sandra da Fonseca?

Je l’ai rencontrée juste après ma sortie de la Fémis en 2013, elle avait lu mon scénario de diplôme, Jeune femme. Elle m’a tout de suite beaucoup plu. Elle a un regard précis, une énergie et une passion absolue pour son métier. Je suis très éparpillée et angoissée. Elle affronte les étapes comme une guerrière. Je dirais que nous sommes assez complémentaires. Le plus important c’est que nous nous rejoignons dans les émotions : nous avons une sensibilité commune.

Pourquoi le titre Un petit frère ?

C’est encore pour moi un titre de travail. En écrivant, quand j’ai su que j’attendais un garçon, je me posais justement ces jours-là la question que se pose un des personnages : « qu’est ce que ça veut dire, être un petit frère » ? Porter l’histoire des autres sur nos épaules, d’une façon ou d’une autre, ça implique quoi ? J’ai posé ce titre mais c’est vrai qu’il « eclipse » un peu les autres protagonistes. Pas un jour ne se passe sans chercher un autre titre qui soit à la fois lumineux et romanesque.

Après être passée par la case très intime avec Jeune Femme où l’héroïne était très isolée, vous revenez comme dans Body au thème de la famille… Pouvez vous parler de comment vous abordez l’intime dans ces diverses configurations?

Dans la famille, il y a aussi parfois beaucoup de solitude et d’isolement. Même si les deux films (Jeune femme et Un petit frère) seront très différents, ma démarche me semble la même dans l’écriture et l’imagination. Ce qui m’intéresse c’est de saisir des petites choses de l’ « autre », dans toute sa complexité. Là c’est une famille, des frères, une histoire qui n’est pas la mienne. Mais l’enjeu de travail c’était tisser des ponts entre eux et moi, puiser dans mon rapport au réel, hybrider des états, des sensations, et ne jamais me censurer ou me restreindre.

Quelle que soit la thématique il faut qu’on puisse se projeter dans autre chose, dans quelqu’un d’autre. Je l’ai écrit de la même façon que Jeune femme, à l’instinct, à l’intuition, en cherchant à m’éloigner de ce qu’on attend d’un scénario. Pour trouver Paula dans Jeune femme il fallait assumer qu’il ne se passe pas grand chose, il fallait saisir un état, une solitude tâtonnant. Ici c’est un peu différent, la caractéristique, c’est qu’on traverse les années, et on a deux heures pour faire ça. Alors il faut trouver les résonances, les gestes qui nous plongent, nous spectateur, directement dans l’instant présent.

Y a-t-il un aspect plus politique dans votre film?

Oui et non. Je n’ai aucun message à délivrer, il n’y a pas de démarche militante. A partir du moment où on veut filmer « la vie » on se positionne forcément d’une façon ou d’une autre, on est toujours politique. Alors ici, le « politique » est présent d’une façon ou d’une autre, à travers l’intime, comme « infusé ». C’est une note dans la partition, ce n’est pas la partition. C’est peut-être bizarre de dire ça, mais c’est à la fois important et pas important. J’aime qu’on puisse tous piocher librement quelque chose de différent dans un film, qu’on soit actif. Le contraire me fait peur. Et puis souvent on pose un mot, une étiquette et on réduit tout à ça.

Avez vous déjà des acteurs en tête ?

Oui, mais les choses sont encore en mouvement ! Alors je ne préfère rien dévoiler. J’ai rencontré des personnes incroyables depuis le début du casting.

visuel : (c) Patrick Gaillardin

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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