Cinema
L’enfer si long de Faust ( en salles le 20 juin )

L’enfer si long de Faust ( en salles le 20 juin )

13 juin 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Certains crient au chef d’œuvre, à commencer par Darren Aronofsky qui lui a décerné le Lion d’or à Venise en 2011. D’autres crieront à l’ennui et nous en ferons partie. La vérité se place dans un entre-deux. Le film d’Alexandre Sokurov épuise par une multitude d’effets, filtres, anamorphoses, distorsions qui font oublier la question principale de l’œuvre : où se cache l’âme ?

La première scène tient d’un mauvais film de science-fiction, la camera nous amene, filtre cireux, au-dessus d’un village. Nous y entrons pour assister à une séance de dissection. Le docteur Faust cherche l’âme. Où peut-elle se dissimuler ? Dans les intestins ? Dans le cœur ?. Dans la petite ville au XIXe siècle, la puanteur se mêle à la dentelle des robes des très jolies filles. Il y croise un homme difforme et blafard, allégorie du Diable qui viendra l’entrainer, mettant en avant ses viles pulsions. Faust se surprend à tuer, à désirer.

Faust est après Moloch, Le Taureau et Le Soleil, le quatrième volet d’une tétralogie consacrée au totalitarisme. Elle est ici pensée comme un cercle, par exemple, Leonid Mozgovoy qui joue le père de Faust était Hitler dans Moloch. Le réalisateur Russe adapte l’œuvre de Goethe en faisant jouer ses acteurs en allemand. Ici, le personnage principal incarné par Johannes Zeiler est un mythe contrairement aux trois autres films qui mettaient en scène des dictateurs ayant existé.

Faust est perçu par le réalisateur comme le sommet de la littérature européenne. L’histoire est partout, reprise, adaptée, que ce soit au théâtre ou au cinéma.

Ici, le fond est pertinent. Alexandre Sokurov vient longuement, très longuement, inspecter le caractère de Faust. L’œuvre se veut biographique. Mais pour inciser l’âme, il ne faut pas de fioriture. La musique omniprésente, les moments attendus, par exemple, le passage où l’on découvre ma belle Margarete au lavoir est cousu de fil blanc, et un traitement de l’image épuisant empêche d’accéder aux relations que le médecin entretient avec ce « diable » (étonnant Anton Adansinskiy ).

Faust est un blockbuster qui se cache sous des allures de film d’art. Déception.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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