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«Le Semeur» :  Marine Francen explore le désir féminin

«Le Semeur» : Marine Francen explore le désir féminin

08 novembre 2017 | PAR Sarah Reiffers

Marine Francen explore le désir féminin avec un premier long-métrage poétique et de grande beauté. 

[rating=4]

 

1852: les hommes d’un petit village perdu dans les montagnes des Cévennes sont emmenés de force par l’armée, pour avoir participé à la résistance des Républicains contre le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte. En attendant leur retour, les femmes du village prennent les choses en main – et rêvent, désespérément, de la fin de leur isolement.

Jusqu’au jour où arrive Jean, maréchal ferrant. Son prénom n’est qu’un prénom d’emprunt, une façon de dissimuler sa véritable identité alors qu’il tente d’échapper à ceux qui le poursuivent. Il est donc «Jean», comprenez Monsieur Tout-le-monde, une fonction plutôt qu’une personne; un semeur dans les deux sens du terme, mais surtout dans le second. Il sera celui qui permettra à ces femmes de donner la vie alors qu’elles attendent l’annonce de la mort d’êtres aimés, et de revendiquer elles aussi une certaine forme de liberté.

Le Semeur rappelle quelque peu le dernier film de Sofia Coppola, Les Proies, sorti en août dernier. Là aussi la cinéaste y racontait le désir féminin dans un contexte historique, faisant évoluer la silhouette solitaire d’un soldat blessé au sein d’un internat de jeunes filles en pleine guerre de Sécession. Simple coïncidence ou lien télépathique, les réalisatrices ont toutes deux opté pour un format «carré» en 4/3, comme si parler du désir et de la sexualité féminine nécessitait un cadre plus resserré, et donc plus intimiste. En ressort également comme l’expression du piège qui se trouve là, et se referme, sur le Corporal McBurney dans Les Proies, sur Violette dans Le Semeur.

Pour son premier long métrage, Marie Francen s’est entourée d’une ribambelle d’actrices plus ou moins inconnues du grand public, toutes magnifiques dans leur diversité, toutes débordantes de talent. Avec une mention spéciale pour Pauline Burlet et Iliana Zabeth, qui incarnent leur rôle avec une finesse et une subtilité qui siéent à merveille à la poésie du film. Derrière la caméra, la cinéaste quant à elle filme au plus près des corps pour mieux en capturer l’extase et la tension. Son film est un plaisir pour les yeux, chaque plan aussi beau et travaillé qu’un tableau où se mélangent l’or des blés et le bleu-vert des montagnes des Cévennes.

Et puis, Le Semeur évite intelligemment les clichés que l’on a l’habitude de rencontrer dans ce genre de film, comme celui de l’homme en pamoison au milieu d’un groupe de femmes, ou du «crêpage de chignons» et autres compétitions obligatoires entre plusieurs femmes confrontées à un seul homme. Ici, l’amour d’une est respecté par toutes. Alors, parce qu’il est intelligent, beau, et plein de promesses, Le Semeur signale l’arrivée grandiose d’une cinéaste à suivre.

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Sarah Reiffers

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