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Le Noir (te) vous va si bien de Jacques Bral, magnifique tragédie d’amour et de déracinement

Le Noir (te) vous va si bien de Jacques Bral, magnifique tragédie d’amour et de déracinement

24 octobre 2012 | PAR Charlotte Bonnasse

Le 5e film du trop peu connu Jacques Bral (son Extérieur, Nuit a reçu le Prix Perspectives du cinéma français à Cannes et le Léopard de bronze au Locarno), cinéaste iranien, risque bien de faire un carton, avec plus de 150000 fans sur la page Facebook avant même d’être sorti (le 5 décembre). Dans Le Noir (te) vous va si bien, Jacques Bral prend la polémique sur le voile qui a enserré les débats politiques ces dernières années par l’autre bout, et le bon. Cette tragédie familiale traite d’épineux sujets, les thématiques du déracinement, de la différence culturelle et de la liberté de la femme,  avec une singularité hors-du-commun.

Dans la banlieue parisienne, chaque matin, Cobra quitte le domicile familial voilée. Et chaque matin, elle va au café et se change, avant de se rendre à son travail, belle et libérée. La jeune fille n’est pas consciente de son pouvoir de séduction, elle qui n’a jamais embrassé personne. Mais son jeune patron tombe amoureux d’elle, et est prêt à tout pour l’épouser; Cobra, en femme libre, choisit et trouve l’homme de sa vie, pas tout à fait conforme aux projets que son père a pour elle. Moncef, le père en question, ne se doute de rien; cet homme magnifique a émigré avec sa famille, et porte en lui la souffrance du déracinement et le poids de « l’ailleurs ». Sa figure pèse tout au long du film, et sa voix se raconte, en prononçant la première et la dernière parole : « Je n’aurais jamais du quitter mon pays ».

« Je voudrais que ce film soit utile socialement » a déclaré Jacques Bral. Si le cinéaste aborde un sujet qui fait toujours polémique, c’est loin, très loin de tous les clichés ou jugements que l’on peut avoir sur le sujet. Il a d’ailleurs choisi de raconter par les images, et surtout les visages, plus que par les mots. Le portrait de cette jeune femme vibrante et vivante  incarnée par la radieuse Sofiia Manousha, pétrit en nous quelque chose de plus qu’une simple revendication féministe. De même, la figure paternelle, attachée à la tradition et au passé, convoque une vision puissante du déracinement et d’une identité en crise face à ce qu’il ne comprend pas, mais n’en reste jamais à ce stade. Le film préserve toute son ambiguité et sa richesse en ne faisant que dessiner des histoires tout à fait intimes et personnelles, histoires du quotidien ni plus ni moins, avec leur légèreté et leur poids de rencontres, dans lesquelles on lit la grande tragédie humaine.

On apprécie la finesse avec laquelle le réalisateur a choisi de présenter deux cultures non comme des forces qui s’opposent, mais comme des aimants qui s’appellent et se désirent, dans une histoire de chair et de sang qui nous rejoint profondément.

 

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