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Le naufrage du Titanic en vrai

Le naufrage du Titanic en vrai

12 avril 2012 | PAR Sarah Barry

Le Titanic n’a pas fini de faire parler de lui : à l’occasion du centenaire de son tragique naufrage, le Musée des lettres et manuscrits propose une petite exposition réunissant différents documents d’époque (lettres, photographies, plans,  journaux, télégrammes, etc.) qui sont les derniers témoins vivants de l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire maritime. A découvrir notamment le manuscrit autographe d’Helen Churchill Candee, jeune femme libérée qui a inspiré le personnage de Rose à James Cameron, et le coffret DVD de Discovery Channel réunissant les dernières images et découvertes réalisées dans les profondeurs de l’Atlantique nord.

Tout commence en 1907, lorsque Joseph Bruce Ismay, directeur de la White Star Line, imagine avec ses collaborateurs une nouvelle génération de paquebots. Dans un contexte de rude concurrence entre les différentes compagnies de navigation, la White Star Line tient à offrir à ses passagers, en plus de la vitesse, de grandes garanties en matière de sécurité … Ironie du sort. Déjà les critiques fusent alors que le navire n’a pas eu droit au moindre galon d’essai : le gouvernail ne serait pas assez grand pour le manoeuvrer ; les cloisons étanches seraient inefficaces, ne montant pas jusqu’au pont principal … De sombres rumeurs circulent par ailleurs : on évoque des écrits prémonitoires qui promettraient un avenir funeste au Titanic ; on parle même du sarcophage d’une momie maléfique, qui serait enfoui dans la coque du navire. La White Star Line oppose à tout cela la qualité avérée de ses précédents paquebots et déploie une véritable démonstration de force avec le voyage inaugural, dont le départ est fixé le 10 avril 1912, à midi.

Après deux escales, le 11 avril le paquebot réputé insubmersible disparaît pour toujours à la vue des côtes européennes. Il parcourt 500 miles par jour, tandis que la température baisse et que les passagers désertent les ponts pour se réfugier dans les salons. On sait alors qu’en cette saison, des bancs de glace peuvent représenter de dangereux obstacles. Malgré leur expérience, le capitaine Smith et son équipage ne s’en inquiètent pas. Les passagers questionnent même les stewards au sujet de l’arrivée des icebergs ; ils ne veulent pas manquer le spectacle. Le soir du 14 avril, le capitaine ordonne simplement de réduire la vitesse si la brume se lève, faisant fi des télégrammes d’avertissement qui abondent au poste TSF. Lorsque l’immense iceberg apparaît droit devant, le Titanic parcourt 700 mètres à la minute ; il ne peut le contourner, et à 23h49, l’équipage en alerte ressent les terribles vibrations. L’agonie du navire dure 3 heures. 1 heure 40 après sa disparition complète, les 700 rescapés sont secourus par le Carpathia tandis que 1500 personnes ont péri dans les eaux glaciales de l’océan. La tragédie fait la une de tous les journaux et crée la polémique pendant des semaines. J.B. Ismay, qui est parvenu à se sauver du naufrage en dérogeant à la consigne « les femmes et les enfants d’abord », devient la cible des médias et de la société : traité de lâche et désigné comme principal responsable du drame, il démissionne de son poste et mourra quelques années plus tard dans le dénuement moral le plus total, comme le relate en conférence Gérard A. Jaeger, auteur de l’ouvrage Il était une fois le Titanic (ed. L’Archipel). Signalons, pour sauver quelque peu la mémoire de l’ancien directeur de la White Star Line, que lorsqu’il s’installe dans l’avant-dernier canot disponible, les circonstances font que personne d’autre n’aurait pu prendre sa place. Cependant, le capitaine Smith, les membres de l’équipage, l’ingénieur du navire Thomas Andrews et les gentlemens milliardaires se sacrifient pour la plupart sans autre tentative.

L’exposition présente d’ailleurs un marconigramme envoyé par J.B. Ismay depuis le Carpathia : « profondément désolé de vous annoncer que le Titanic a coulé ce matin après une collision avec un iceberg, causant de sérieuses pertes humaines ». Par un autre marconigramme, Mrs Astor, jeune épouse de l’homme le plus riche de la traversée John Jacob Astor qui périra au cours du naufrage, fait savoir à ses parents le 18 avril qu’elle est saine et sauve. Ces témoignages émouvants côtoient d’autres documents plus énigmatiques, qui révèleraient les manipulations auxquelles la White Star Line se serait adonnée pour gérer la crise et limiter les dégâts financiers …

Mais le document phare de l’exposition est sans doute le manuscrit autographe de 36 pages d’Helen Churchill Candee (1858-1949). Ecrivain, historienne de l’art, journaliste mais aussi féministe (elle participe à la marche des suffragettes de 1913 à New York), cette femme séduisante attire tous les regards durant la traversée. Elle s’entoure d’hommes, fréquente le café parisien, joue aux cartes et décrit dans son manuscrit l’insouciance et la joie qui règnent sur le Titanic. Bien qu’elle soit alors âgée de 53 ans, James Cameron s’est inspiré de cette femme aisée pour construire le personnage de Rose, interprété dans son film par Kate Winslet. Ses écrits constituent un témoignage de premier choix dans la reconstitution de la catastrophe. En voici un extrait : « l’étrave endommagée a désormais disparu sous l’eau. L’unique espace de pont déborde en l’air au-dessus de l’arrière du navire et, en cet endroit diminué, se blottit un groupe de passagers entassés attendant la mort avec un transcendant courage et un calme qui a été le leur durant les deux dernières heures. »

Une vitrine est également consacrée à la famille Navratil, dont les péripéties avant, pendant et après le drame sont tout à fait étonnantes. Auteure de l’ouvrage Les Enfants du Titanic, Elisabeth Navratil, fille de Michel Marcel Navratil, dernier survivant mâle du naufrage qui s’est éteint en 2001, nous confie que son père a suivi de près les évènements qui ont entouré la découverte de l’épave en 1985. En tant que rescapé, il sera même emmené sur les lieux de la catastrophe, à 650 km au sud-est de Terre Neuve, comme cela est proposé à Rose dans le film de James Cameron.

Enfin, un écran de télévision propose quelques extraits d’un duo de DVD conçu par Discovery Channel, en vente au musée. On y découvre les derniers mystères délivrés par le Titanic : espaces restés inexplorés jusqu’alors, véritables causes du naufrage, derniers objets remontés à la surface, etc. A suivre également les expéditions orchestrées par James Cameron et son équipe au coeur de l’épave, à bord du submersible Mir, à 3843 m de fond.

Ainsi, notamment parce qu’elle est insérée dans les passionnantes collections permanentes du musée, on pardonne volontiers sa taille modeste à cette exposition qui concentre tant de documents inédits. Entre faits historiques avérés, études scientifiques et légendes, on continue à perpétuer la mémoire des morts, des rescapés et de leurs familles, restés profondément marqués par cette nuit du 14 au 15 avril 1912.

 

Grand format d’en-tête : Affiche publicitaire du film sur le naufrage du Titanic, « A night to remember » (1958). (c) Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits, Paris.

Affiche de l’exposition « Titanic, 100 ans après ». (c) Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits, Paris.

Visuel 1 : Brochure publicitaire concernant les deux paquebots de la White Star Line, l’Olympic et le Titanic (1912). (c) Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits, Paris.

Visuel 2 : Le naufrage du Titanic : édition du 27 avril 1912 du journal « Harpers Weekly », avec une photographie d’un canot de sauvetage et de ses survivants, avant qu’ils soient remontés à bord du Carpathia. (c) Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits, Paris.

Visuel 3 : Dernière page du manuscrit autographe de 36 pages d’Helen Churchill Candee (1912), où elle relate le sauvetage des occupants du canot n°6 par le Carpathia, tout en ayant une pensée pour les victimes du drame. (c) Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits, Paris.

Visuel 4 : Première page de la lettre autographe signée de Edward Pomeroy Colley (10 avril 1912), où l’ingénieur irlandais vante notamment l’immensité du bateau et la qualité de ses équipements. (c) Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits, Paris.

Visuel 5 : Proue du Titanic, extrait du DVD de Discovery Channel. (c) Seven Sept.

Visuel 6 : James Cameron, extrait du DVD de Dicovery Channel. (c) Seven Sept.

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Sarah Barry

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