Cinema
Le Cochon de Gaza

Le Cochon de Gaza

29 septembre 2011 | PAR Emma Letellier

Journaliste, romancier et depuis peu réalisateur, Sylvain Estibal signe un premier long-métrage qui laisse rêveur. Dans Le Cochon de Gaza, Palestiniens et Israéliens se tendent une main inespérée et s’échangent sourires et tendresses dans un développement radicalement fabuleux du conflit qui les oppose.

Jafaar est pécheur, il lève des détritus dans le mince périmètre méditerranéen concédé par les autorités israéliennes. Jusqu’au jour où, tombé de son filet, un cochon s’agite sur le pont. Commence alors une grande farce grotesque et lyrique du porc malvenu, rejeté comme d’un commun accord par israéliens et palestiniens.

Français, installé en Uruguay, Sylvain Estibal s’empare d’une question brûlante, sensible et suspecte entre les mains de qui ne semble pas y prendre part. Avec Le Cochon de Gaza, il tente une réconciliation entre des populations civiles qui cohabitent et trafiquent dans le dos d’une armée fatiguée et désabusée. Engagé par ailleurs dans des projets de médiation entre les deux parties, le réalisateur nous invite à rire plutôt qu’à pleurer, et partant, à dénoncer depuis notre fauteuil occidental l’absurdité de situations auxquelles gazaouis et colons sont acculés. Il s’empare ainsi sans ambages d’acteurs de toutes nationalités pour  désamorcer a priori et frontières artificielles. La comédienne tunisienne Myriam Tekaïa interprète une délicieuse jeune femme juive venue de Russie élever des cochons. Le formidable israélien Sasson Gabai incarne Jafaar, le protagoniste palestinien fantasque et martyr de cette lutte proprement fratricide.

Mais l’intention universaliste du film, quoi qu’elle reflète la portée internationale du conflit, ne parvient pas à séduire un spectateur qui reste méfiant et sceptique. Le musulman qui s’effraie d’un cochon vietnamien dirigé dans un décor maltais et un studio allemand, quand bien même l’arrière plan gazaoui serait vraisemblable, tend vers une grossièreté irrévérencieuse. Et même si le cochon revêtu d’une toison qu’on voudrait d’or donne à rire, si les larmes vous viennent à l’idée de ces destins brisés, il n’en demeure pas moins qu’une telle farce reste en deçà de la complexité du sujet – d’autant plus quand le film s’étire dans des épilogues trop nombreux pour en justifier aucun.

Le chochon de Gaza de Sylvain Estibal, avec Sasson Gabai, Baya Belal, Myriam Tekaïa et Gassan Abbas, France , Belgique , Allemagne, 2011, 1h39. Sortie le 21 septembre 2011.

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Emma Letellier

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