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Le cinéma de Jane Campion: des corps nus émancipés

Le cinéma de Jane Campion: des corps nus émancipés

28 septembre 2012 | PAR Melanie Bonvard

Le nu peut-il encore choquer au cinéma ? Et est-il mis en scène uniquement par pure provocation ? Avec un point de vue sexué, la cinéaste néo-zélandaise Jane Campion apporte un regard novateur sur les corps déshabillés sur grand écran.

L’homme nu.

L’œuvre de Jane Campion et son rapport aux corps dénudés, c’est avant tout un merveilleux inversement des rôles. Beaucoup connaissent le mythe de la femme-objet et cette habitude à la déshabiller, trop ou pas assez. Et ce, de façon à ce qu’elle soit inaccessible et désirée en même temps, mettant en scène une magnifique frustration. Habituellement second rôle, elle est présente pour être contemplée et sans aucun complexe. Jane Campion, en tant que femme, apporte un point de vue changeant au plaisir de regarder. Les hommes sont, à leur tour, passifs. Chez la réalisatrice, ils se présentent dénudés et contemplés eux aussi. Harvey Keitel, dans La Leçon de Piano, est filmé sans pudeur nettoyant un piano, nu, dans son intimité la plus profonde. Véritable figure christique à cet instant, Jane Campion dévoile au grand jour le désir sexuel féminin. Dans le même film, le personnage de Stewart est touché par Ada, mais n’est pas en droit de toucher cette dernière. Les hommes sont nus, certes, mais pour être sublimés. L’homme-objet dévêtu n’est pas provocation. Il est objet de désir naturel de la femme. La présence singulière de ces messieurs nus s’explique en l’expression d’une émancipation féminine.

 

La femme nue

La gente féminine, devant la caméra de Jane Campion, est nue également. Mais ces demoiselles ne sont plus nues pour le bon plaisir de l’homme. Elles sont dépourvues de leurs habits afin d’acquérir à leur propre satisfaction. En 1989, Sweetie est présenté à Cannes. Geneviève Lemon, actrice au physique peu avantageux, est nue ou presque  sur 70% du film. Elle ouvre aux portes nues, a une vie sexuellement épanouie et elle meurt même nue. Le laid, grâce à Campion, devient alors beau. La Croisette, quand à elle, n’approuve que très peu cette année. Un tiers de la salle s’en va en cours de film. Une autre partie crie au scandale et huent. Seulement une minorité approuve et acclame. Quand l’accueil critique parle de provocation, Campion, elle, se contente en fait de mettre en scène un corps ordinaire et peu harmonieux. Sweetie, c’est avant tout l’émancipation sensorielle et sexuelle d’un corps appartenant à une femme libre et décomplexée.

Les corps nus: liberté d’expression sexuelle

La provocation laisse alors place à la vérité, l’essence même d’une pulsion sexuelle. Car Jane Campion, c’est aussi cela : montrer l’acte, le désir charnel et les corps nus s’entremêler à l’état pur. Le spectateur assiste alors à des chairs se touchant sans retenue, avec fougue mais sans vulgarité, contemplant uniquement de simples besoins assouvis. La présence du nu chez la réalisatrice s’explique en cela. Elle-même évoque : «De nos jours, les magazines nous renseignent abondamment sur les étapes d’une relation et nous abreuvent de conseils sur la façon de nous y prendre. A tel point que nous avons perdu la capacité d’éprouver une pulsion érotique spontanée. » Jane Campion remet ceci au gout du jour lorsque, dans In the Cut, Meg Ryan soumet Mark Rufalo à une frustration à satisfaire. Le film Holy Smoke, lui, met en scène Kate Winslet et Harvey Keitel se détestant mais succombant au plaisir des corps nus enlacés.

Alors qu’ils font jaser, les corps ne sont présents que par pure expression d’une liberté assumée. Le corps, chez Jane Campion, est métaphore d’authenticité.

 

Photo (c): Holy Smoke – BacFilm.

 

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Melanie Bonvard

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