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Le Beau Robert Pattison ne sauve pas Cosmopolis de ses bavardages pesants

Le Beau Robert Pattison ne sauve pas Cosmopolis de ses bavardages pesants

25 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

Cronenberg nous avait déjà laissé une impression mitigée avec les tribulations un peu trop kitsch de Karl Gustav Jung dans “A Dangerous method” (notre critique). Après ce sympathique mais un peu lourdingue film en costume, il semble que le réalisateur Canadien ait voulu s’essayer au genre de la science-fiction philosophique avec Cosmopolis. Malgré un très beau casting, le film ressemble trop à une mauvaise pièce de Bertold Brecht pour séduire.

« New-York », le jour de la fin du monde. Le riche héritier Eric Packe (Robert Pattinson) veut absolument se faire couper les cheveux. Il demande à son chauffeur de lui faire traverser la ville dans une limousine toute droite sortie de « Holy Motors » de Leos Carax. Entre-temps, le yuan ne cesse de monter mettant le système financier et donc capitaliste en danger de mort imminent. Et de nombreuses démonstrations contre ce système de marché ont lieu dans les rues de New-York. Les manifestants sont assez violents et brandissent des rats morts pour exprimer leur colère. Tout ceci n’empêche pas le bel Eric de mener sa journée dans sa voiture qu’il utilise comme bureau pour recevoir son médecin, de nombreux cerveaux brillants qui livrent des analyses existentielles interminables de la crise du capitalisme, quelques maîtresses (dont Juliette Binoche, plus belle que jamais). Il s’arrête à chaque repas pour le prendre dans un diner minable ou dans un restaurant glauque auprès de sa ravissante femme (Sarah Gadon, abonnée au rôle chez Cronenberg), riche héritière et poétesse, mais avec laquelle il n’a ni conversation ni relation sexuelle.

Le mélange de « 1984 », de théorie critique du capitalisme et de preppy tiré de « Gossip girl » ne fonctionne pas. Malgré les jolies apparitions de certains acteurs (en plus de Juliette Binoche, Mathieu Amalric pour les cocoricos) et la performance désespérée de Pattison qui tente de caser ses longues tirades philosophiques avec le moins d’artificialité possible, le bavard Cosmopolis de Cronenberg passe la frontière douteuse avec laquelle « A dangerous liaison » flirtait et sombre, tête la première, dans le kitsch. Voire dans le ridicule.

« Cosmopolis » de David Cronenberg, avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, Mathieu Amalric, Sarah Gadon, Paul Giamatti, Samantha Morton, France, Canada, 2012, 108 min. En compétition, Sortie le 23 mai 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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