Cinema

Las Analfabetas, la pudeur dans les visages – Cinélatino

Las Analfabetas, la pudeur dans les visages – Cinélatino

22 mars 2018 | PAR Lili Nyssen

En découverte au Cinélatino dans le cadre de la manifestation « Femmes de cinéma du Chili », le film chilien Las Analfabetas de Moisés Sepúlveda se joue encore ce jeudi 22 mars à 16 heures à la Cinémathèque de Toulouse. 

analfabetas

Ximena camoufle son illettrisme au monde. Je n’ai pas mes lunettes, pouvez-vous me lire ce qu’il y a écrit ? Voilà comment elle se débrouille. Car de dire « je suis analphabète », pour elle, revient à avouer un handicap, presque une défaillance mentale. Lorsque Jakeline, jeune professeure d’espagnol qui a du mal à entrer dans la société active après cinq ans d’études, lui propose de lui lire le journal, puis de lui apprendre à lire et à écrire, ce sont deux caractères, deux sensibilités qui s’affrontent et qui s’apprennent dans l’agressivité, la complicité et l’humour. Jakeline tente d’exercer son nouveau métier avec le plus de justesse possible, la conviction dans l’apprentissage, en oubliant qu’en face d’elle, son élève n’est pas une enfant. Ximena brandit sa fierté et exalte sa susceptibilité, quitte à ouvrir des blessures profondes dans les deux corps. Alors, les piques, disputes et colères s’enchaînent, en même temps que la complicité et la confiance, tout doucement, se nouent.

Ce que Moisés Sepúlveda, réalisateur chilien, met en valeur, dans ce film où les tabous sont multiples derrière les chamailleries, ce sont les visages. Les secrets ne passent pas par les mots, on les décèle derrière un sourire, un regard outré, un air poli qui se fend de colère. Alors, il multiplie les gros plans et les plans rapprochés, dans lesquels la fumée de cigarette se détache lentement des bouches, les yeux se voilent ou s’excitent… tant de petits détails qui font que cette relation presque anecdotique, cette petite histoire autour d’un phénomène dont le taux est élevé au Chili – l’illettrisme  – devient attrayante. Les visages percent les secrets et les tabous. Une autre manière de le dire : le jeu d’actrices est très bon. Paulina Garcia, qui était aussi l’invitée d’honneur au Cinélatino dans le cadre de la manifestation « Femmes de cinéma du Chili », avait reçu le Prix Sienna (équivalent des Césars) pour son interprétation de Ximena. Elle s’était efforcée de ne pas lire pendant toute la durée du film, afin d’entrer en empathie avec son personnage. Actrice, metteuse en scène, dramaturge et star au Chili, on la retrouve au festival dans d’autres interprétations magistrales telles que dans El Presidente de Santiago Mitre (sorti en France l’an dernier), Brooklyn Village (2016) de Ira Sachs, Gloria (2013) de Sebastián Lelio et La fiancée du désert (2017) de Cecila Atán et Valeria Pivato.

Visuel : Visuel officiel festival : ©Moisés Sepulveda – Las Analfabetas, bande annonce officielle

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Lili Nyssen

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