Cinema

La saga Toy Story se referme brillamment

20 juillet 2010 | PAR Margot Boutges

Pixar a réussi le pari de ne pas nous faire regretter que Disney ait trouvé « successeur » dans la grande cour de l’animation. Les studios de Walt ont laissé place à un nouvel âge d’or avec Le monde de Nemo, Wall-e et plus récemment Là-Haut qui témoignent d’une créativité sans borne. Dans le renouvellement perpétuel, Pixar échappe à la frénésie des suites, nous concoctant chaque année des chefs d’œuvres à visages uniques, des recettes inédites. A une exception près : Toy Story. On avoue qu’on avait très envie de retrouver les personnages les plus attachants du Panthéon de Pixar. Woody, Buzz l’éclair, petits adorateurs du grand Grappin, couple de chips et cochon boite aux lettres reviennent sur nos écrans pour notre plus grand plaisir. Pour une troisième et dernière fois.

Toy Story 2, qui avait vu la chambre d’Andy accueillir cheval et cow-girl, prolongeait et surpassait le premier opus. Il nous laissait entrapercevoir le temps qui passe et qui éloigne les humains de leurs amours transitionnels inanimés. Le 3 explore à fond cette thématique. Le vague sentiment d’abandon a laissé la place à l’oubli. Andy a grandi. Au fil des années, il s’est débarrassé des éléments superflus de son coffre à jouets pour ne garder que les meilleurs, nos préférés. A l’aube de son départ pour l’université, une décision doit être prise. Que faire des vieux jouets qui ont accompagné et nourri ses rêves d’enfant ? Les ranger au grenier ? Les bazarder ? Les donner ? L’équipe arrivera-telle à se recycler et à perpétuer sa mission ? Et comment oublier l’ancien propriétaire qui a estampillé son prénom sous leurs pieds en plastique ? En tout cas, « No Toy gets left behind ».  « Aucun jouet ne restera derrière ! » Parole de (petit) soldat.

L’attachement de Pixar pour le film qui l’a lancé en 1995 est évident. Et on comprend son désir de retourner aux sources et de refermer avec soin une saga qui a des airs de genèse (rappelons que Toy Story est le premier film d’animation uniquement en images de synthèse). Toy Story constitue un triptyque éclatant. Sa réussite vient du fait que ses créateurs ont pris le temps de laisser mûrir le récit en introduisant de larges ellipses temporelles des deux côtés de l’écran. Dix ans après, on a l’impression de retrouver des vieux amis qu’on avait perdu de vue, nos jouets. Toy Story 3 joue sur le souvenir. Fidèle à l’esprit des précédents, il multiplie les citations et nous emporte avec émotion. Andy ne sera plus jamais un enfant et ses jouets ne peuvent plus compter que sur eux mêmes. Si l’équipe de Woody n’a pas pris une ride, elle a gagné en maturité et en solidarité. On est ravis de retrouver les anciens et de goûter à la fraîcheur des nouveaux venus. Ce troisième opus fourmille de nouveaux caractères hauts en couleurs. Ken, qui minaude plus que Barbie, remporte tous les suffrages. Il est accompagné d’un singe tapant sur ses cymbales avec frénésie qui semble tout droit sorti d’une nouvelle de Stephen King et d’un ours boiteux et enrobé de fraise qui oscille entre bonhomie et machiavélisme. Les fans apprécieront aussi la jolie caméo d’un ponte de l’animation japonaise.

Une fois de plus, le film fait preuve d’un humour ravageur. Et d’une acuité de vision savoureuse dans sa recomposition d’un monde au ras du sol, à hauteur de jouet. Le film explore à fond les possibilités du décor, terrain illimité de jeux et de dangers. Le monde réel est une jungle pour des jouets qui ne se révèlent jamais aussi bien que dans l’imaginaire. La séquence d’ouverture du film qui retranscrit les jeux scénarisés d’Andy, où les paysages fantastiques se substituent à sa chambre et où ses jouets tiennent le rôle principal est un trésor d’inventivité. Irrésistibles aussi sont les séquences à la garderie devenue prison. Le film convoque avec brio tous les ingrédients du film carcéral dans la préparation d’une grande évasion.

On ne crache pas non plus sur le lyrisme final, teinté de facilités mais qui entraîne nos larmes, heureusement dissimulées par les lunettes 3D (on leur aura enfin trouvé une utilité). Quinze ans se sont écoulés et une page de l’animation se referme. Avec Toy story (et comme dans Là Haut), Pixar a exploré les  mondes de l’enfance et débusqué là où va se nicher l’imaginaire avec les années qui passent. Nos vieilles rêveries ont été rangées au placard. Mais rien ne se perd, tout se transforme ! Pixar en dresse la preuve éclatante en  transformant tout ce qu’il touche en nostalgie enchanteresse et fertile et en établissant des ponts et des rites de passage entre enfance et âge adulte. La boucle est bouclée !

 

 

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Une réflexion sur « La saga Toy Story se referme brillamment »

Commentaire(s)

  • Je l’ai vu … et il est bel et bien énorme :D

    Fan de TS 1&2 ce fut vraiment un plaisir de regarder le 3 et de partager cela avec ma ptite soeur de 10 ans.
    J’avais un peu peur de l’épisode Barbie-Ken qui n’est pas du domaine de Disney, mais non réussite totale :)

    juillet 23, 2010 at 14 h 03 min

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